Théâtre: 12 avril, Tiburce Koffi fête son anniversaire en politique avec Diallo Ticouai

11 mois

La scène est dressée, les masques tombent : tragédie douce-amère d’un retour sur les planches ivoiriennes

Diallo Ticouai Vincent fondateur jadis du Soleil de Cocody, revient de son exil européen. Non pas en conquérant, mais en metteur en scène revenu aux sources. Et porté par la nostalgie et la promesse du théâtre comme miroir du monde. Sa troupe, La Comédie Ivoirienne, reprend souffle et souffle sur les braises du réel.

Ce 11 et 12 avril, date symbolique doublée — celle d’un spectacle, et celle d’un anniversaire : celui de Tiburce Koffi, dramaturge étoilé, plume infatigable et pensée grave. Lieu du rite : le Palais de la Culture. La pièce s’intitule Professeur Sê-thou et les putschistes. En 75 minutes, elle invoque le théâtre comme exorcisme national. Comme rituel de lucidité dans une Afrique où la scène politique est trop souvent un théâtre de l’absurde.

Le rideau s’ouvre sur des militaires, hâbleurs d’un pouvoir qui ne leur sied. Cherchant un homme lettré pour incarner le nouveau visage d’une république à bout de souffle. L’érudit est trouvé. Mais le savoir théorique, figé dans les manuels, hésite devant la réalité mouvante, complexe, retorse.

Le professeur est instruit, mais le pouvoir est un labyrinthe où l’intelligence se heurte à la ruse, où l’idéal s’efface devant la compromission.

Ici se loge la grande faille de notre histoire.

Nos hommes politiques, en Afrique comme ailleurs, sont souvent des étoiles filantes. Leur lumière est la plus vive lorsqu’ils sont dans l’ombre, dans l’attente, dans le combat contre l’ordre établi. Opposants, ils sont poètes, prophètes, héros d’un monde à réinventer.

Mais qu’ils accèdent au trône — et l’incandescence se mue en grisaille. L’exercice du pouvoir, avec ses rouages impitoyables, ne leur sied pas. Car gouverner, c’est composer, c’est endosser les paradoxes, c’est se salir les mains sans perdre son âme. Peu y parviennent car c’est un apprentissage. Celui d’accepter de déplaire. « Gouverner c’est apprendre à déplaire ». C’est Zadi Bottey Zaourou qui le disait.

Tiburce Koffi, son élève, le sait : Paradis infernal, Méledouman, Mémoire d’une tombe, L’itinérant… tous disent à leur manière la difficulté d’exister pleinement dans ce théâtre du pouvoir. Même ses nouvelles, ses essais, s’ouvrent comme des pièces — avec des dédicaces qui sont autant de didascalies. Des indications de mise en scène pour la lecture du réel.

Professeur Sê-thou et les putschistes puise dans cette mémoire fracturée, dans ces coups d’État répétitifs. Dans ces mascarades électorales, ces parodies de démocratie que l’Afrique expérimente comme on récite une tragédie grecque — en boucle.

Cela rappelle notre propre histoire, celle de Guéi Robert.

Ce militaire qui devint civil pour quelques mois d’illusion. L’Histoire, comme le théâtre, aime les retours.

Et au cœur de cette mise en abyme, une vérité surgit, nue et blessée. Tous nos leaders, sans exception, ont échoué sur les rochers de leurs rêves. Leur grandeur, souvent, ne dure que jusqu’à leur entrée dans l’arène. Une fois la lumière allumée, le costume de l’opposant ne leur va plus. Ils deviennent acteurs d’une pièce qu’ils ne savent ni écrire, ni jouer. Ou quand on croit qu’ils la jouent bien, c’est pire. Ils ne savent pas la terminer, ligotés qu’ils ont au pouvoir par l’ivresse du rappel des spectateurs gourmands du bien et hélas du mal. Car le peuple se plaint puis se plait des dictateurs.

Alors, que nous reste-t-il ? Peut-être le théâtre. Peut-être l’art. Pour dire, pour rappeler, pour dénoncer — mais aussi pour espérer. Car au fond, ce que nous offre La Comédie Ivoirienne, c’est un espace de lucidité, un miroir tendu à notre époque : entre fiction et réalité, entre satire et tragédie.

 Le style de l’auteur Tiburce Koffi : une langue à double tranchant

Elégante mais tranchante, lyrique et lucide à la fois.

Il écrit comme on se bat. Comme on sculpte la parole : chaque mot semble pesé, chaque phrase bâtie avec une conscience dramatique aiguë. Chez lui, même le silence parle, même les marges du texte bruissent de sens. (Les parenthèses vous embrassent puis vous embrasent). On lit ses pièces comme on assiste à une représentation intérieure — il y a du théâtre dans sa prose, et de la littérature dans sa scène.

Ses récits s’élèvent souvent au-dessus de la simple anecdote politique : ils deviennent paraboles, fables amères de notre condition collective. Paradis infernal, Méledouman, Mémoire d’une tombe… autant de titres qui disent une dramaturgie du désenchantement. Tiburce Koffi c’est une esthétique du chaos contenu.

Même ses dédicaces, en apparence simples hommages, s’ouvrent comme des didascalies, suggérant une mise en scène, une direction du regard.

Il y a chez lui cette capacité rare à faire du tragique un chant — un chant grave, mais jamais désespéré. Songeons à « L’amour qu’il qualifie de grand pleur » . Son écriture est celle d’un veilleur, d’un homme qui observe la cité depuis la nuit, avec la lucidité d’un poète. La naïveté d’un poète que les politiques qui ont toujours un agenda caché (la politique intègre le camouflage ) déçoivent souventes fois. Et qu’il quitte souventes fois. A la surprise et sous le regard perdu du peuple.

ALEX KIPRE

photo:dr

POUVOIRS MAGAZINE 

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