Ils ne se mêlent pas de politique: ils ont peur?

1 an

Le DR Paul-Hervé Agoubli propose, sur la place des intellectuels d’Eburnie, un texte dénommé :𝗟𝗮 𝗖𝗼̂𝘁𝗲 𝗱’𝗜𝘃𝗼𝗶𝗿𝗲 𝗲𝗻𝘀𝗲𝗺𝗯𝗹𝗲.

Je suis frappé, de plus en plus, par les réflexes d’une partie de ce que l’on nomme la société civile ivoirienne. Et par ses scrupules à consentir la moindre collaboration, notamment avec les courants politiques.

Ce scrupule, ce tropisme, largement diffusé dans la conscience nationale, a justifié en grande partie, me semble-t-il, l’ordonnance de juin sur les OSC. Dont le fait majeur consiste en l’interdiction de toute relation entre le politique et l’associatif.

Il vient de se tenir la Fête de l’Humanité en France (prenons le cas d’un pays réputé démocratique). Cette fête est organisée à l’initiative du Parti Communiste. Elle réunit, autour d’assises, les forces politiques de gauche, des partis politiques aux syndicats. En passant par les associations. Notamment celles militant pour l’écologie.

Dans notre propre pays, à quoi devons-nous le multipartisme et la première alternance. Sinon à l’action convergente des partis politiques de gauche, des syndicats et des organisations estudiantines ? Zadi Zaourou affirmait d’ailleurs que le retour au multipartisme devait beaucoup au travail des intellectuels qui ont ouvert la voie aux politiques.

Mais où sont les intellectuels aujourd’hui ? Ils ne se mêlent pas de politique. Ont-ils peur ? L’intellectuel a-t-il peur ?

Avant le PDCI-RDA, c’est avec le Syndicat Agricole Africain (un syndicat, donc) que les premières luttes émancipatrices nationales ont été menées. Du fait du régime de l’indigénat, les « premiers Ivoiriens » ne pouvaient pas créer de parti politique ni de syndicat. A moins d’avoir le certificat d’études, ce qui, naturellement, était rédhibitoire pour presque toute la population.

Ce sont donc les associations et les regroupements villageois, tant dans les campagnes qu’en ville, qui ont porté le mouvement décolonial. Les partis politiques ne sont arrivés qu’après, et d’ailleurs, ils se sont appuyés sur l’existant.

Aujourd’hui, nous entendons des gens drogués par les mensonges de leurs prétendus partenaires, qui leur font croire que l’associatif et l’intellectuel (Annie Ernaux, prix Nobel de littérature 2022, a soutenu Jean-Luc Mélenchon à l’élection présidentielle de la même année) sont interdits de rencontrer le politique.

Il en résulte une société fractionnée, émiettée, dispersée, qui ne se rencontre pas, qui ne collabore pas. Où le discours intellectuel se gargarise d’un verbe savant, sans conséquence sur le cours des événements. Tout cela est d’une telle tristesse !

Dr Paul-Hervé Agoubli

photo: dr

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