Portrait : MONNE BOU, le roi du jet

2 ans

De cet artiste peintre, l’ex président français Chirac dit qu’il a sa place parmi les artistes contemporains les plus renommés

Sa liberté, elle se perçoit quand il peint. Tel un chasseur  à l’affût, il avance, recule de quelques pas feutrés plantés de façon arquée dans le sol.

Prend son pinceau, arme de transe et tire des filets verticaux sur la toile. Blanche, tendue, en attente de son amant aimant, la toile préparée, accepte son geste précis, sa chorégraphie manuscrite ‘‘bissa’’ (Ndlr : chasse-mouche doté d’un pouvoir artistique).

C’est la danse du pinceau, qui, de ses jets propres, investit de plaisirs oculaires, les témoins de ce morceau de transe. La toile perd sa virginité et embrasse la salissure propre de Monné Bou.

Dans un état second, le peintre (re)fouette sans la toucher, la planche qui prend des rondeurs. Monné est ivre de ce néant. Comme Charles Pierre Beaudelaire s’est enivré d’Une passante, Monne s’enivre de cette absente à venir qu’il a, tout seul, déjà vue. Des formes apparaissent. D’autres non. Invisibles, elles sont vues, par l’artiste. Uniquement lui.

Il les voit lui, l’oracle de nos démences, de nos errements, qui avait, à l’instar de maints artistes, senti, venir la crise ivoirienne. « J’ai eu trop mal, je ne sentais plus couleur, je ne sentais plus forme », avance le plasticien qui ne supporte pas l’enfermement et qui n’a soif que de liberté.

Si sa peinture se fait liberté, c’est parce que Monné Bou qui comme Jean-Marie Adiaffi, est né un 1er janvier, mais en 1948 et à Anyama, a très tôt été jeté dans l’art et ses prises sur le monde, ses écarts.

Doué tant en décoration qu’en guitare, il est le camarade de promotion de Paul Dagri, Djédjé Amondji qu’il rencontre aux beaux-arts alors situés au Plateau, en 1967.

Après son diplôme abidjanais, il va poursuivre sa formation à l’école d’art et d’architecture de Luminy à Marseille. De retour, il professe les lignes, les courbes, les couleurs au Collège moderne du Plateau (1975-1986), puis à l’Ecole des beaux-arts (1986-1996). Encadré par Samir Zarour, il se libère de ce maître, s’affranchit de lui, « tout comme mon petit Wanoumi Aziema, s’est affranchi de moi, c’est le cours normal de la vie », justifie Monne Bou, au palmarès de qui figurent une vingtaine d’expositions individuelles, pour autant d’expositions collectives.

Le seul Ivoirien Le plasticien a fait le tour du monde, s’est rendu aux Etats-unis, y a été interviewé par la très prestigieuse chaîne de télévision Cnn. Le seul Ivoirien à l’avoir été. Le seul Ivoirien aussi à s’être fait subtiliser un tableau, Dos nu. « Ce n’est pas, la première fois. Je me suis fait voler à l’étranger », rectifie l’artiste, ajustant ses grandes lunettes qui lui mangent le visage. Le seul Ivoirien enfin dont la toile Toilette figure dans la collection d’un passionné d’art répondant au nom de Jacques Chirac. Le président français avait écrit à l’époque : « Cette remarquable œuvre picturale m’a permis d’apprécier toute la finesse, la sensibilité et la maîtrise de Monsieur Monné Bou, qui a sa place parmi les artistes contemporains les plus renommés », Jacques Chirac, président de la République française.

« C’est le président Bédié qui lui a offert ça en cadeau. C’est vrai que ça peut faire plaisir, mais moi ça me fait honte que ce soit l’étranger qui nous respecte, qui soit sensible à notre travail, quand nos décideurs eux nous méprisent royalement », clarifie Monné Bou, depuis Atiécoua (Adiaké) où il réside désormais sur un grand espace destiné à être un centre de formation et une vitrine de création pour tous les amoureux du pinceau. Y faire un (dé) tour permet de humer l’air de la liberté picturale. Et humaine aussi.

ALEX KIPRE

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