Sabine Adeline Fanta Yadang, 32 ans, docteure en neurosciences, et Hadidjatou Daïrou, 33 ans, doctorante en physiologie cellulaire, ont elles ont été récompensées du Prix Jeunes Talents L’Oréal-Unesco Pour les Femmes et la Science, parmi 30 scientifiques d’Afrique subsaharienne pour « la qualité de leur recherche ».
Toutes les deux ont été saluées pour leurs travaux sur le potentiel des plantes médicinales traditionnelles au Cameroun dans le traitement des maladies cardiovasculaires et d’Alzheimer.
Les deux jeunes scientifiques se côtoient au laboratoire de l’Institut de recherches médicales et d’études des plantes médicinales (IMPM) de Yaoundé, la capitale.
Dans une région où les filles ne sont pas encouragées à aller à l’école, elles se sont dressées pour défier les stéréotypes et surmonter la discrimination sur le lieu de travail.
Elles ont reçu ce prix car elles cherchent à mieux comprendre la physiopathologies des maladies neurodégénératives, en particulier Alzheimer, pour trouver dans les plantes médicinales une nouvelle source de thérapie.
La médecine traditionnelle, ancestrale est reconnue comme un secteur de santé à part entière.
Pour Hadidjatou, les écorces de petit cola –le nom populaire de la Garcinia Kola, une graine ressemblant à une noix très consommée en Afrique pour soigner ou soulager toutes sortes de maux– pourraient améliorer la santé cardiovasculaire. Notamment pour l’athérosclérose, une des causes majeures des crises cardiaques.
Fanta Yadang mise, elle, sur le lait de souchet, très consommé en Afrique centrale, extrait d’une plante réputée localement pour ses vertus médicinales depuis des millénaires.
Face à des traitements classiques « très coûteux » pour ralentir Alzheimer, la chercheuse espère prouver que cette plante permettra « de combattre la dégénérescence des neurones et réduire le stress du cerveau atteint. »
Héritage familial
Au Cameroun, seules 13% des jeunes filles de la tranche d’âge concernée étaient inscrites dans l’enseignement supérieur, estimait l’Unesco en 2018. Les deux chercheuses font donc figure d’exception.
En indéfectible soutien, le père d’Hadidjatou, vétérinaire, l’a poussée à étudier jusqu’au doctorat. « Y compris quand certains compagnons estimaient que j’empruntais un chemin trop long. Pour beaucoup, une femme n’a pas besoin de cela pour s’occuper de son foyer et risque de ne pas être soumise« , déplore-t-elle.
Avec les bourses de 10.000 et 15.000 euros qui accompagnent le prix Jeunes Talents, Hadidjatou achèvera sa thèse et Fanta poursuivra ses recherches à l’Université d’Ibadan, au Nigeria voisin.
ETHAN GNIALET
POUVOIRS MAGAZINE

