Le congrès du 16 décembre qui devait élire le Président du Pdci-Rda s’apprête visiblement à désigner une personne un peu moins âgée que Houphouët-Boigny ou Henri Konan Bédié afin de cesser de s’enliser durablement dans l’opposition.
Le plus vieux parti de Côte d’Ivoire déclaré parti démocratique a été un colosse qui devrait reposer sur la base, sur les pattes solides. Sauf qu’aujourd’hui le Pdci n’a de pied que la tête qui donne, ordonne. Il n’est plus ce parti qui savait former, instruire ses militants. Le Pdci avait appris à penser, à analyser, à ses militants. Il fabriquait des individus raisonnables et avait rendu la raison populaire. Le Pdci avait fabriqué des milliers de militants qui pouvaient penser, réfléchir et non infléchir devant l’argent uniquement.
Tout a changé et aujourd’hui un militant passe plus de temps devant son écran, devant un bureau que devant son règlement intérieur, les statuts.
S’il est excessif peut-être de soutenir que le Pdcéiste pense moins, il est aisé en revanche de reconnaitre qu’il opine du chef lequel hier s’adossait sur la base.
Mais aujourd’hui, le militant opine du chef qui lui peut être coupé de la base, sans grand dommage. Ce n’est pas grave. Pourquoi ce n’est pas grave? Parce que le chef ce n’est pas Guikahué, Akossi Bendjo ni Cowppli Bony. Ils seraient vieux. Parce que le chef ce n’est même pas Thiam. Il est très très jeune politiquement. Et aussi jeune qu’inexpérimenté.
Le chef ce n’est pas Billon. Lui n’est pas intéressé par la Présidence du Parti.
Le chef c’est l’argent. Thiam est agréé parce qu’il est le petit fils d’Houphouët-Boigny certes. Mais il est accepté parce qu’il serait doté d’un périmètre financier important. Pauvre ou modeste, on lui aurait rappelé ses origines et son inexpérience. Impudiquement et méchamment !!
Thiam est accepté parce que riche. Un mensonge qui rassure est préférable en politique à une vérité qui dérange. Que ce soit en 1963 avec l’affaire du complot d’Houphouët-Boigny, ou l’appel de Daoukro de Konan Bédié des années 2000, tous les deux ont regretté et reconnu s’être trompés.
Comme un produit venu de loin, le chocolat par exemple, on nous en impose le désir. Mais on ne nous impose pas Thiam. Ce qu’on nous impose, c’est le désir de Thiam.
Les médias, l’argent, l’ethnie deviennent promoteurs du consentement, du consensus. Plus personne n’a droit à une pensée critique. On a fabriqué de l’obéissance avec des rassemblements de Paques, (Paquinou) une fête où on indique à des personnes leur désir, leur être providentiel. On leur impose le désir d’un semblable, comme les publicistes ont imposé le désir du tabac à la femme qui en sortirait émancipée. Ou le désir du vin Valpierre ou de palme au centriste qui passerait une belle fête. Ou encore le désir de la bière Bock qui désaltérerait les amoureux de foot ou de Drogba.
Dans un pays et un monde où chaque journée consume et brûle l’information de la veille et où rien ne s’arrête, et tout va vite 24h sur 24, où le scoop coupe le fait, à coup de renfort médiatique, le militant Pdciste obéit et n’échappe pas à la tyrannie de la fabrication de l’opinion, de son avis.
Le militant a l’impression qu’en régurgitant ce que la pensée dominante (post internet, poste téléviseur, média) lui dit, il pense par lui-même. Il n’en est rien !!
Il n’y a pas un gramme d’esprit critique. Toute la journée internet dit ce qu’il faut croire. C’est pourquoi la coordination des cadres Pdci-Rda demande un consensus par la voix d’un membre du Bureau politique, Claude Emolo qui voudrait éviter la dislocation du Pdci que « empoignades, discours discourtois et haineux des personnes déterminées à en découdre » laissent présager.
POUVOIRS MAGAZINE

