Si la Can à domicile s’avérait comme une sorte de consécration pour lui, elle prend des allures des plus amères depuis peu, le coach Gasset n’en ferait pas son numéro pour janvier prochain.
Auréolé d’une présence régulière en sélection depuis 2009, l’ex pensionnaire de l’académie mimosifcom est l’un des tauliers du groupe orange. Son ancienneté et sa personnalité réservée sont un gage de respect au sein du vestiaire éléphant. Sangaré Badra Ali est de ces profils qui parlent peu, mais qui parlent vrai, et n’ont pas peur de l’affront, quitte à en subir les répercussions. Sans doute une esquisse dans la compréhension de sa quasi mise au placard depuis des lustres.
Ultime favori à la succession de Sylvain Gbohouo depuis son fâcheux épisode du dopage, le portier de Sekhukhune (1ère division sud-africaine) est repassé de la lumière à l’ombre. Et pourtant, à l’issue de sa belle prestation lors de la dernière coupe d’Afrique des nations, et contre la France en amical, le poste de gardien titulaire semblait logiquement lui échoir. Jusqu’à l’arrivée de Yahia Fofana à grand coup de médiation. Il est évident qu’on ne négocie pas l’arrivée d’un binational pour ensuite lui indiquer le banc de touche. Le deal était clair. Le jeune Fofana a été coopté pour être le numéro un dans les perches des éléphants, en atteste les deux derniers matchs amicaux. Seulement lors de cette trêve internationale, Yahia a montré également des signes de fébrilité dans ses prises de balles et dans sa gestion des ballons aériens. Mais au fond, que reproche -t-on réellement à Badra Ali?
Beaucoup ne lui ont pas pardonné cette bourde monumentale lors de la phase de poule de la CAN 2021 face à la Sierra Leone. Si bien que tout jugement à son endroit se fera dorénavant sous le prisme de cette erreur. Une certaine opinion le blâme aussi pour son impuissance lors de la séance des tirs aux buts contre les égyptiens en huitième de finale. En outre, son expression corporelle qu’on qualifierait d’impassible et très peu dissuasive. À l’inverse d’un Gabaski, d’un Courtois, ou d’un Emiliano Martinez, des remparts rompus à l’exercice susceptibles de faire gagner leur équipe au plus fort de l’adversité. Badra Ali souffrirait donc d’être un gardien imparfait.
Comme Gouaméné Alain qui malgré sa vista et son sens du placement avait un jeu au pied exécrable. Comme Hugo Lloris certes intraitable sur sa ligne, mais qui n’était pas un monstre dans les penaltys. Ou encore un Gbohouo très friable sur les frappes lointaines. On peut en citer d’autres. En vrai, il n’est qu’un bouc émissaire, le réceptacle de nos peurs et de nos incertitudes. Le parfait alibi pour masquer la fébrilité psychologique de cette équipe. Le rôle hier dévolu à Copa Barry qu’on affublait de tous les noms d’oiseaux, avant de lui prêter éhontément allégeance quand il vainquit le sort par sa bravoure. Le football a aussi cela d’ingrat.
À moins que Gasset ne dispose de raisons extra-sportives, rien dans le timing n’explique cette relégation; surtout que les dernières apparitions de Badra avaient convaincu beaucoup de sceptiques. Le choix d’un technicien trouve sa pertinence dans son intime conviction, laquelle est basée sur des facteurs techniques et sportifs certes. Mais la dimension humaine et spirituelle n’y est pas moins présente, le karma donc. La mise à l’écart presque injustifiée de Sangaré Badra Ali pourrait nous revenir en plein dans la face. Le joueur quant à lui reste professionnel, silencieux, sans pourrir l’atmosphère. Un silence malaisant qui, on le souhaite n’affectera pas le groupe. Parce que comment comprendre qu’à deux mois d’une compétition aussi importante, des incertitudes persistent pour un poste aussi déterminant.
Se servir des erreurs passées pour réparer les frustrations à venir serait judicieux. Il ne s’agit pas de juger sous le seul critère de l’empathie, aucunement. Sauf que dans le cas d’espèce, peu de choses militent en la faveur du traitement dont il est l’objet.
LOÏC DAMAS
POUVOIRS MAGAZINE

