L’humoriste et actrice Burkinabé, chroniqueuse drôlement piquante sur France Inter, était à Abidjan pour jouer son spectacle « Je demande la route » le jeudi 26 octobre 2023 à l’Institut Français. En plus d’avoir créé en France un personnage iconique à la chevelure afro luxuriante, Rouki incarne la jeune femme africaine résiliente et façonnée au monde, n’oubliant pas sa culture et d’où elle vient. L’un des symboles de sa réussite, c’est son courage et le chemin de la dignité qu’elle représente dans ses généreux et bienveillants spectacles d’humour.
Une nouvelle fois à Abidjan. Comment vous sentez-vous ?
Très heureuse d’être là ! J’ai attendu ce moment depuis longtemps, hein !La dernière fois ici c’était en 2016. Ça date un peu quand même. (Sourire)
L’Abidjan de Roukiata Ouédraogo, c’est quoi succinctement ?
Déjà , j’adore la ville ! (Rires) Et toute de suite , après être sortis de l’aéroport, j’ai vite déposé les bagages à l’hôtel et j’ai dis à mon équipe « on va manger. » je voulais du foutou sauce graine ( elle rigole).J’ai pris aussi la sauce claire que j’ai mélangé à la sauce graine . Mon mari me regarde, il demande si je vais manger tout ca (rires)… Donc voilà, j’adore la vie à Abidjan, j’adore le dynamisme des Ivoiriens, j’adore leur hospitalité aussi. Donc je me sens chez moi aussi…
Est-ce que tout ca de la Côte d’Ivoire vous inspire dans votre écriture ?
Oui, oui ! J’ai eu à travailler ici( elle a joué au Masa en 2016, et a joué dans le Parlement du rire, ndlr), je vois de grands humoristes ici , c’est un pays dynamique dans la culture et c’est bourré de talents. C’est un très beau carrefour de rencontres culturelles inspirant…
En France, Comment on arrive à faire rire un public qui n’a pas forcément les références culturelles africaines ?
Oui, c’est une bonne question. En fait, quand j’ai joué mon deuxième spectacle , dedans, je maniais la langue de Molière à la sauce gombo. Je torturais un peu la langue, pour ainsi dire. Donc pour ce spectacle, j’ai fait un petit lexique d’une page que je remettais au public à l’achat des billets pour déjà se familiariser aux mots ( le gars, la freshnie,etc) que j’utilisais dans le spectacle. Et puis au fur et à mesure, je me suis rendu compte que ca ne servait à rien. Les spectateurs sont intelligents . Ils arrivent à comprendre. J’ai arrêté de distribuer le lexique et ca n’a rien changé. Aujourd’hui, avec la francophonie, les mots, les argots ont tendance à s’universaliser . Les gens vont vers ce français multiculturel qui devient une richesse commune. On a cette chance là de pouvoir travailler le français à notre sauce. Et voilà, ça le fait.
Est-ce qu’en écrivant, vous avez le souci du mot sans ambiguïté pour vous faire comprendre ?
Non, très clairement. Sinon je ne pourrai pas écrire. Mais ca dépend. Parce que quand c’est un livre que j’écris, je pense en Moré, ma langue maternelle, avant de transcrire ca en français. L’exemple de mon livre « Du miel sous les galettes » ( autobiographie parue en 2020 aux éditions Slatkine et compagnie,ndlr).
Donc je ne me mets pas de limite quand j’écris. Après je fais le tri , je recorrige, voilà.
il y a des critiques contre vous Africaine ou Africains humoristes qui travaillez en France. Cette critique vous reproche une façon caricaturale de présenter, de parler de notre continent. Du genre pourquoi unilatéralement rire du continent. Que répondez vous à ca ?
Non, je ne suis pas du tout d’accord avec cette critique. Je ne me moque pas du continent ! Dans mes chroniques, les Blancs en prennent pour leur compte. Je critique beaucoup les politiques là-bas, moins qu’ici. Après, c’est un miroir que je présente aux Européens. Pour dire qu’après tout, nous sommes tous les mêmes, on se ressemble. Et du moment où je fais les choses et que je peux me regarder dans un miroir, du moment où j’ai des retours des gens du continent qui disent c’est formidable ce que je fais, et que le public répond, je peux être fière de ça.
Vous étiez arrivée en France en 2000 et ça n’a pas été facile avant de vous intégrer professionnellement, socialement. Quel a été ce leitmotiv qui vous a permis de croire en votre réussite ?
Dans un premier temps, je dirais que c’est l’éducation que mes parents m’ont donné. Ma mère s’est battue toute sa vie pour gérer son foyer, aider mon père et éduquer ses enfants. Elle nous a inculqué le courage et la persévérance. Mes tantes, je les ai vues se battre aussi. Donc quand moi, j’ai la chance et l’opportunité d’arriver en France, je me dis que je dois me battre pour réussir. Quand tu arrives là-bas, tu as des rêves grands. Et puis la réalité te rattrape. Cette réalité, c’est qu’il faut se battre pour avoir sa place, pour avoir son pain quotidien. J’ai fait pas mal de petits boulots. Et après, j’ai décidé de poursuivre mes rêves. Et là, je me suis orienté ailleurs ( elle fait un stage au Cours Florent en 2007, une école de théâtre, ndlr). J’ai rencontré de belles personnes qui m’ont aidé à tracer mon chemin. J’ai saisi les opportunités et j’ai travaillé très dur. Je continue d’ailleurs.
« Je demande la route » la pièce que vous allez jouer demain ( entretien réalisé la veille de son spectacle) : qu’est ce qui vous rend le plus fier avec ce spectacle ?
C’est un spectacle que j’ai écrit à l’âge où tu peux dire des choses. J’avais 40 ans. On a joué plus de 400 représentations. Il y a des gens qui ont pleuré à voir ce spectacle. J’ai eu des témoignages fous . Des gens qui se retrouvent en moi, qui se reconnaissent dans ce que je raconte : c’est un truc de fou. C’est un spectacle qui se veut positif, qui veut rassembler des gens , faire passer des messages, pas dans le sens de donner des leçons de morale . Cest vraiment pour dire : « vous connaissez, vous n’allez pas venir dire que vous n’étiez pas au courant. Maintenant, vous faites ce que vous voulez avec ça ».
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