2 juin 2002- 2 juin 2023
Le chanteur de reggae est mort à 40 ans, il y a 21 ans de cela soit le 2 juin 2002. Tangara Speed Ghôda aurait eu depuis le 12 avril de cette année 2023, 61 ans. La jeune génération ne le connait donc pas mais elle a déjà entendu des titres devenus classiques comme « Loubard feeling » avec le refrain « Grawé de balousseur », ou comme « Crucifix » dont le très connu refrain scande : « Jésus n’a pas été crucifié » un propos jugé blasphématoire lui a valu de violentes critiques de la part de la communauté christique.
L’artiste a eu beau expliquer, qu’il avait porté en musique les versets 157 et 158 de la sourate 4, rien n’y fit. L’ambiguïté du texte tiré du Coran lui a créé les pires ennuis. Dans la Sourate IV, le Coran relate la crucifixion de Jésus de manière bien différente de la tradition chrétienne. Jésus y est crucifié « en apparence ». De ce fait le Coran opère une double distinction par rapport au texte du Nouveau Testament. Pour les Musulmans, Jésus n’est pas Dieu, mais un prophète : un « simple » homme de Dieu. De même, pour les Musulmans, Jésus n’a pas été crucifié sur une croix, car un homme de Dieu ne peut pas connaître un tel abaissement.
L’Islam présente exclusivement le visage d’un Dieu tout-puissant, auquel l’homme doit se soumettre, il est impensable que Dieu s’abaisse aux hommes selon lui.
La jeune génération aurait certainement découvert un homme à la calvitie prononcée et des touffes de dreads blanchis par endroits, avec
des tenues extravagantes, des lunettes fumées lui auraient dévorées le visage mais se seraient surtout appliquer à lui masquer le regard.
En dehors des apparences, il y a sa musique qui aurait été à son comble. En trois albums délivrés en 8 ans seulement, Show Biz Ti requin (1992), Temps et lumières ( 1997) et Esprits (2000), l’artiste nous avait fait comprendre qu’il était très réducteur de le prendre pour un chanteur reggae. Tangara ne faisait pas de reggae. Exclusivement en tout cas. « Show biz ti requin » était à coloration du jazz par l’introduction du sax soprane, « Esprits » était de la Pop tendance Rock.
Côté vocal, il avait transformé cette musique à texte en une musique de râle qu’il avait imposé comme un chant fluet. Il avait réussi à imposer le cri comme une mélodie autre.
Dans une même phrase il pouvait convoquer le baoulé, le dioula, le nouchi, le français, l’anglais etc. emballés dans une musique de fusion. Et il faudra attendre de nombreuses années plus tard pour entendre les scats qu’il avait initiés pour reprendre la batterie avec la voix, devenir ce que le coupé décalé appelle aujourd’hui les RoukasKas auxquels ont été ajoutées les acrobaties et autres danses.
Tangara a aussi influencé considérablement S. Kelly dans sa volonté de casser les langues, de se réjouir de digression.
Un artiste un bon est parti, il y a 21 ans.
POUVOIRS MAGAZINE

