Serge Bilé et Audifac Ignace signent une enquête menée conjointement : Et si Dieu n’aimait pas les noirs. Le livre a été édité en 2009 par Pierre Galodé. A voir le titre, on pourrait s’attendre à des réflexions sur le racisme ou sur la condition des noirs. C’est en effet le cas ; sauf que là on parle de racisme au sein de l’église Catholique.
« Le Vatican est une multinationale qui n’embauche pas n’importe qui, n’importe comment ». Voilà en un mot le décor planté. Cette affirmation d’un prêtre africain (qui a demandé à s’exprimer de façon anonyme) sous-entend « comme toutes les entreprises, l’Eglise sélectionne le profil de ses candidats, quitte à pratiquer parfois de subtiles discriminations. » Devinez contre qui ? Il y a un indice dans le titre.
Dans le catholicisme, le violet symbolise la repentance, un temps de remise en question. La même couleur domine l’apparence du livre. Après lecture, on réalise qu’il y a des raisons de faire acte de contrition. De qui envers qui ? Vous le découvrirez au fil des pages.
Le format offre un certain confort de lecture, il en est de même pour la couleur du papier légèrement jaunie. Les pages sont noircies de façon modérée par le texte ce qui accélère la lecture contrairement à un format poche. Tout est réuni pour que vous passiez un excellent moment de découverte (ou de confirmation pour ceux qui en avait déjà entendu parler). Tout ce que je peux vous dire c’est qu’il y a de quoi bousculer vos certitudes.
A propos de l’enquête
Ces dernières années, les scandales de pédophilie au Vatican se sont multipliés. Ces prêtres et évêques indélicats, bien que l’affaire soit publiquement exposée, s’en sont relativement bien sortis. Partout, on mettait cela sur le compte de brebis galeuses tendant à discréditer une institution respectable.
Cela dit, ce haut lieu du catholicisme cache un visage encore plus hideux. C’est ce que nous révèle cette audacieuse enquête signée des mains de Serge Bilé et d’Audifac Ignace. Le racisme, cette discrimination profonde basée stupidement sur la couleur de peau semble présente jusque dans les fondations d’une si grande organisation.
Et si Dieu n’aimait pas les noirs dévoile dans des détails troublants les vêtements de honte que peuvent arborer des hommes censés représenter un dieu sur terre. En 119 pages, les deux journalistes interrogent, et donnent la parole à plusieurs parties. Nous sommes conduits dans un lieu dit saints mais où les mauvaises pratiques ont presqu’autant d’influence que les versets bibliques eux-mêmes.
Les scandales sont scrupuleusement tus mais ils sont tellement nombreux que les camoufler en permanence devient mission impossible. Les discriminations envers les noirs dominent l’enquête. Toutefois, à ces faits déjà gravissimes, il faut ajouter entre autres le proxénétisme, la prostitution, et plusieurs agressions. Le Vatican se sera illustré dans une relative impunité. Les coupables ne paient jamais pour leurs crimes et les victimes sont toujours les mêmes : des noirs.
Vous apprendrez que cette grande institution a connu des papes noirs. J’ai particulièrement été touchée par la condition des religieuses africaines. A ce propos, un prêtre sous le couvert de l’anonymat a déclaré « certaines sont tombées en délicatesse avec leur vocation. Un euphémisme pour désigner celles qui font de la … prostitution. ». C’est un secret bien gardé en fait « C’est un sujet tabou. Dès qu’on l’évoque, les portes se ferment. » Page 35.
Si la vocation est censée être volontaire et dépouillée de toute influence extérieure, certaines religieuses africaines n’ont pas toujours le choix. « Les sœurs que l’on envoie ici faire des études sont triées sur le volet et ne partent pas de leur propre chef ». C’est le témoignage de l’une d’elles. Plusieurs subissent des situations inimaginables. Le cas des évêques du continent n’est pas plus reluisant.
Le zoom sur l’évêque Gantin est un point que j’ai également apprécié dans le livre. Cet homme considéré comme un « pape noir ». Il doit cette appellation à ses congénères africains non seulement grâce à son charisme mais aussi à sa proximité avec les grandes instances de décisions au Vatican. Proche collaborateur du pape Jean Paul II, il était pressenti pour être son successeur.
Serge Bilé est un journaliste Franco-Ivoirien, auteur d’une dizaine d’ouvrages dont Quand les noirs avaient des esclaves blancs et le Miracle Oublié (tous les deux paru aux éditions Pierre Galodé). Il vient de publier La France et le black Face (Editions Kofiba). Il a reçu le prix Ebony décerné par l’union nationale des journalistes de Côte d’Ivoire.
Un prêtre noir, Francis Barbey a publié un livre en réponse à cette enquête. Il s’intitule Et si Dieu aimait les noirs ? Contre enquête sur le racisme au Vatican.

