Samy Manga (artiste) raconte comment il a découvert le chocolat

3 ans

Artiste Beti, camerounais installé en Suisse, Samy Manga est le promoteur du concept d’éco-poésie : une création littéraire en faveur de la nature. Fondateur de l’Association des éco-poètes du Cameroun, directeur artistique de l’espace culturel ArtViv Pro- jet à Lausanne, il a reçu le Grand Prix Poésie africaine d’ex- pression française en 2021 pour l’ouvrage Opinion poétique, coécrit avec Caroline Despont. Sculpteur, il est également eth-nomusicien, et se dédie à la préservation et à l’enseignement des instruments traditionnels de son pays natal.

Samy Manga diffuse dans ses livres et ses écrits un message au sein des médias. Le sujet de l’exploitation du Cacao doit être débattu sur la place publique, car il impacte la vie humaine, l’économie et l’environnement. Des lecteurs lui témoignent avoir diminué leur consommation de chocolat, voire arrêté, quand d’autres se tournent vers une filière de commerce équitable. Pour lui c’est le plus grand succès: qu’ils adoptent un comportement plus propre, en faveur de la vie.

Les chiffres prouvent que Samy a raison. Si une politique équitable, respectueuse de la vie humaine, du travail des cultivateurs et de l’environnement était en place dans le système, on ne parlerait pas de 6% seulement de gains pour les pays producteurs. Les États n’ont pas assez d’impact dans les décisions du business du cacao. Et puis, il faut pouvoir le dire, beaucoup de corruption mine les rapports entre les multinationales et certains agents des États africains. Les grosses entreprises détiennent l’économie du cacao mondial, ce sont elles qui ont le pouvoir. Que peuvent faire les pays pour changer la donne? C’est pourtant le challenge à relever, pour parvenir à une situation acceptable.

Samy raconte comment lui, petit apprenti planteur de Cacao il a découvert le chocolat:  » On voit très bien le système colonial ici: des gens sont consacrés à produire une matière première qu’ils ne consomment pas, et dont ils ne reçoivent jamais les bénéfices. La découverte de cette friandise fut pour moi un électrochoc, et c’est ce qui m’a poussé à vouloir comprendre les mécanismes de la filière. Nous traînions en ville avec des copains, il pleuvait, et une voiture est passée près de nous en nous éclaboussant. L’automobile s’est arrêtée, une femme blanche en est sortie, et elle nous a alors tendu, pour s’excuser, un gros paquet de chocolats signés du Suisse Cailler. Nous y avons goûté, c’était délicieux! Cet événement m’a rappelé mon enfance passée au village à cultiver ce cacao, et tout ce que j’avais ignoré jusque-là, l’existence de ses produits dérivés. Aujourd’hui, je vis en Suisse et je suis toujours impressionné par toutes les formes de chocolat (œufs, truffes, plaquettes)… Des produits que les enfants de mon village ne goûteront malheureusement jamais. »

 

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