À Cocody, le Passion Blues-Jazz Band fait vibrer les amateurs de blues et de jazz

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Entre riffs de guitare revisités, envolées d’harmonica, notes de clavier et rythmes de batterie, le Passion Blues-Jazz Band a plongé le public dans l’univers envoûtant du blues et du jazz.

C’était le samedi 10 octobre 2026, à la Jacobleu Art Gallery, située entre les carrefours Duncan et Las Palmas, dans la commune de Cocody.

Le blues et le jazz ont cette capacité singulière de raconter des histoires. De susciter des émotions et de faire dialoguer les instruments. Le Passion Blues-Jazz Band en a donné une belle illustration à travers un concert de douze titres. Il était placé sous le signe de l’expérience, du partage et de la création. Le groupe a entraîné les mélomanes dans un voyage sonore où les grands classiques ont côtoyé une composition originale.

Sur scène, trois musiciens aux parcours riches et complémentaires. Ils ont conjugué leurs talents pour offrir une prestation dynamique et empreinte de sensibilité. Guy Doumatey, alias DS Jimmy, était au clavier, Sangaré Moussa, dit Sugar Blues, assurait le chant principal et les parties d’harmonica. Tandis qu’Hermann Anzian, surnommé Le Gbayeur, tenait la batterie. À leurs côtés, le trompettiste Ormondo Sey, membre de l’orchestre de la Gendarmerie nationale, était l’invité spécial de cette rencontre musicale.

Des histoires derrière les notes

Derrière les notes se dessinent aussi des parcours, des rencontres et des années de pratique musicale. Celui de Guy Doumatey, d’abord, témoigne de plusieurs décennies d’expérience. Connu sous le nom de DS Jimmy, le claviériste s’est notamment illustré au sein des Farways. Avec cette formation il avait eu à remporter le concours d’orchestres Podium animé par Fulgence Kassy en 1984. Son parcours s’est ensuite poursuivi avec Atlantic Express, en 1990, puis Resurex, en 2019. Autant d’expériences qui nourrissent aujourd’hui son jeu et contribuent à l’identité musicale du groupe.

Autre figure majeure de la formation, Sangaré Moussa, alias Sugar Blues, entretient une relation privilégiée avec l’harmonica depuis 1978. Autodidacte, cet ancien professeur d’anglais à la retraite a fait de cet instrument à vent l’un des fils conducteurs de son parcours artistique. Membre des Farways à partir de 1984, il a ensuite évolué avec les International Jazzmen, en 1987, puis Blues Mates, en 1995, avant de poursuivre son aventure musicale avec le projet Moussangh and the Blues Rockers, en 2016.

À la fois chanteur principal et harmoniciste, Sugar Blues incarne ainsi une tradition musicale façonnée par l’expérience, les rencontres et une fidélité constante au blues.

À la batterie, Hermann Anzian, dit Le Gbayeur, apporte une solide expérience acquise depuis 1995. Au fil de sa carrière, il a accompagné plusieurs artistes, parmi lesquels Amédé Pierre, Johnny La Fleur et Pierrette Adams. Son parcours complète celui de ses compagnons de scène et enrichit une formation où les expériences individuelles se mettent au service d’une même ambition musicale.

La participation d’Ormondo Sey a également contribué à enrichir la prestation. Sa présence au trompette a apporté une couleur supplémentaire à ce rendez-vous, marqué par la rencontre entre musiciens et la célébration des musiques vivantes.

Pour séduire les amateurs de blues et de jazz, le Passion Blues-Jazz Band a misé sur un répertoire faisant la part belle aux œuvres qui ont marqué l’histoire de ces deux genres. Des morceaux familiers aux passionnés, mais qui conservent, au fil des années, toute leur force d’évocation et leur puissance musicale.

Un répertoire entre grands classiques et groove

Parmi les titres interprétés figuraient « Mercy Mercy », de Don Covay, « Red House », de Jimi Hendrix. Ainsi que l’incontournable « Georgia on My Mind », composé par Hoagy Carmichael sur des paroles de Stuart Gorrell. Le public a également retrouvé « Rock Me Baby », popularisé par B. B. King, figure emblématique du blues électrique.

Le jazz n’était pas en reste. Les musiciens ont notamment revisité « All Blues », de Miles Davis.  Et « Cantaloupe Island », de Herbie Hancock. Deux œuvres qui illustrent la capacité de cette musique à conjuguer richesse harmonique, liberté d’interprétation et sens du groove.

Le programme comprenait également « Help Me », de Sonny Boy Williamson. « Sunny », de Bobby Hebb, ainsi que « The Thrill Is Gone », autre titre emblématique associé à B. B. King. À cette sélection se sont ajoutés « Berlin Wall », des Sons of the Blues, et « Going to Mississippi », de Magic Slim.

Autant de morceaux qui rappellent que le blues et le jazz ne sont pas de simples répertoires figés dans le temps. Ce sont des musiques vivantes. Chaque interprétation peut les renouveler au gré de la sensibilité des artistes et de leur dialogue avec le public.

Une création pour affirmer son identité

Le Passion Blues-Jazz Band ne s’est toutefois pas limité à revisiter les classiques. Le groupe a également fait une place à la création avec « Bye la Ville », une composition attribuée à Sugar Blues et au Passion Blues-Jazz Band, datée de 2026.

Ce titre original témoigne de la volonté de la formation de dépasser le simple exercice de reprise pour affirmer progressivement sa propre identité. Tout en s’inscrivant dans l’héritage du blues et du jazz, le groupe entend faire entendre sa voix, explorer son univers et proposer une lecture personnelle de ces traditions musicales.

Cette démarche représente un enjeu important pour les artistes qui souhaitent s’inscrire dans la continuité de genres profondément enracinés dans l’histoire, tout en contribuant à leur évolution. Car si les standards demeurent des références incontournables, la création reste l’un des moyens privilégiés de faire vivre cet héritage et de le transmettre aux nouvelles générations.

À la Jacobleu Art Gallery, le samedi 10 octobre, le Passion Blues-Jazz Band a ainsi mis en lumière la richesse de deux univers musicaux dont la force repose autant sur la maîtrise instrumentale que sur l’émotion, l’improvisation et la liberté d’interprétation. La diversité des parcours des musiciens, leur expérience de la scène et le choix d’un répertoire mêlant grands classiques et composition originale ont donné à ce concert toute sa singularité.

Chaudement applaudi par le public, ce rendez-vous a également rappelé l’importance des espaces culturels. Ce sont eux qui permettent aux artistes de se produire, de partager leur passion. Et aussi de faire vivre des expressions musicales parfois moins présentes dans les programmations grand public.

M’Bah Aboubakar

POUVOIRS MAGAZINE