Le compagnonnage politique, vieux de plus de quarante ans, entre Laurent Gbagbo et Ahoua Don Mello a pris fin ce 14 mai 2026, à l’issue du premier congrès ordinaire du PPA-CI.
Le premier a été reconduit à la tête du parti créé en octobre 2021. Une promesse non tenue. En octobre 2025, il avait clairement déclaré qu’il mettrait un terme à cette fonction afin de se consacrer, à plus de 80 ans, à sa famille.
Mais, au pied du mur et n’ayant préparé aucune relève, il est revenu sur sa décision. Rejoignant ainsi Alassane Ouattara qui avait prononcé cette phrase pour justifier sa volte-face concernant le quatrième mandat. « Le devoir peut parfois transcender la parole donnée de bonne foi. »
Pendant que Gbagbo rempile, Don Mello est rayé des effectifs du parti. Le congrès a voté sa radiation. La goutte d’eau qui a fait déborder le vase demeure sa candidature indépendante à l’élection présidentielle du 25 octobre 2025. Contre la décision du parti. Stéphane Kipré, élu député lors des législatives du 27 décembre malgré la violation des consignes de boycott, n’a été que suspendu.
Pourtant, devant le conseil de discipline en avril dernier, les deux « indisciplinés » avaient défendu la même position : la politique de la chaise vide n’a été ni la meilleure, ni la bonne décision des instances du PPA-CI. Le RHDP est resté en roue libre et le parti a perdu presque tous ses bastions, au point que Koné Issa, député de Ouragahio, chef-lieu de sous-préfecture dont dépend Mama, le village de Gbagbo, est issu du parti au pouvoir.
Le tableau est triste pour le PPA-CI, presque absent du paysage politique alors qu’il compte plus d’un millier de prisonniers et a recensé de nombreux morts dans l’exécution du mot d’ordre de boycott actif.
La sanction a néanmoins été lourde pour Don Mello, devenu la tête de Turc.
Au FPI, en tant que président du comité de contrôle, il avait déjà connu de profondes divergences avec Gbagbo, qui combattait le contre-pouvoir qu’il dirigeait. De guerre lasse, il avait créé un courant politique devenu momentanément un parti en 1997.
Malgré son retour au FPI en 2000, Don Mello est resté dans le collimateur. Sa proposition de « candidature de précaution » en 2025, afin que le PPA-CI ne manque pas l’élection présidentielle, a ravivé les antagonismes latents. Il vient désormais d’être exclu du parti.
Et alors que Laurent Gbagbo est présenté, à juste titre, comme celui qui assume le leadership de la gauche, cette dernière continue, sous ses coups de boutoir, de s’émietter en plusieurs fractions. Comme s’il s’installait confortablement dans la devise : « diviser pour mieux régner ».
À l’inverse, son principal adversaire politique, Alassane Ouattara, continue de ratisser large. Il remet en selle des « brebis galeuses » comme Marcel Amon-Tanoh et Albert Mabri Toikeusse. Qui l’avaient quitté pour rejoindre l’opposition et le Conseil national de transition (CNT) en 2020 avec un discours particulièrement incendiaire.
Le chef de l’État a choisi de passer l’éponge afin de former un bloc monolithique. Recrutant récemment le député-maire de M’Batto, que le PPA-CI vient de radier alors qu’il avait déjà adhéré au RHDP.
F. M. Bally
photo:dr
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