Binationaux: La Côte d’Ivoire peut-elle produire ses propres Eléphants?

11 mois

La sélection ivoirienne aligne aujourd’hui un nombre croissant de binationaux, des joueurs, des entraineurs formés à l’étranger. Mais cette dépendance révèle une question cruciale : la Côte d’Ivoire est-elle encore capable de transformer son propre vivier de talents locaux en véritables Éléphants, capables de rivaliser au plus haut niveau ? Entre académies laissées à l’abandon, championnats sous-financés et formation négligée, le football ivoirien semble avoir perdu son moteur intérieur

On aime se raconter que notre problème ce sont les entraîneurs.
Ou la mentalité des joueurs.
Ou la concurrence.

Faux.

Le vrai problème, c’est que le football ivoirien est devenu incapable de produire ses propres Éléphants.

On s’indigne que la sélection soit remplie de binationaux (Guy Demel, Faé Emerse, Doué. Même chez les U 23

Aboubaka Dosso(Gardien de but )
-Ange N’gatta ( Arrière droit)
-Owen Kouassi ( Arrière droit et défenseur central)
-Guy Noël Zohouri ( Milieu terrain)
-Martial Godo ( Ailier gauche )
Élie Junior Kroupi (Franco-Ivoirien, attaquant).

On crie à l’injustice pour les joueurs locaux.
On accuse la diaspora d’envahir l’équipe.

Mensonge.


Le pays a simplement pris sa dose quotidienne d’auto-illusion.

La vérité ?
S’il n’y avait pas les binationaux, la Côte d’Ivoire n’aurait même pas de quoi remplir une feuille de match compétitive.

Sans la diaspora, la sélection ivoirienne s’écroule

Essayez, juste pour rire, de faire une liste de onze Ivoiriens formés AU PAYS, capables de jouer un match de niveau international.

Vous allez suer.
Allez prier.
Vous allez abandonner.

Parce que notre football n’a plus de colonne vertébrale.
Il a des béquilles : les centres européens.

On ne sélectionne pas les binationaux par choix.
On les sélectionne parce que le système local est K.O., mort-né, débranché.

Jean-Marc Guillou avait trouvé l’or. Nous, on l’a enterré.

Et pourtant Guillou né le 20 décembre 1945 a débarqué en Côte d’Ivoire, a pris nos gosses, les a polis, et a fabriqué…
  • les Toure (Kolo et Yaya),

  • les Kalou,

  • Gervinho, Dindané…

  • et toute la génération qui a fait briller l’astre Drogba. Le seul binational ou l’un des seuls dont l’équipe nationale avait besoin

JM Guillou Lui avait compris ce que nous refusons d’admettre :
le talent ivoirien est exceptionnel — mais il pourrit sans méthode. Il avait fournit pour utiliser une formule de Descartes : « Le discours de la méthode »

Nous, nous avons préféré saboter son système, jalouser son succès, politiser la formation, et retourner à nos tournois de quartier sous la poussière et les superstitions.

La Côte d’Ivoire avait la meilleure idée de formation d’Afrique.
Elle l’a tuée de ses propres mains.

Le championnat local ? Une comédie. Un décor. Un théâtre d’illusions.

On se tape la poitrine en disant “Ligue 1 ivoirienne”.
Mais la vérité est simple :
ce n’est pas un championnat, c’est un championnat d’attente.

Les joueurs attendent un agent pour les faire partir.
Et les clubs attendent une subvention.
Les entraîneurs attendent un contrat.
Les dirigeants attendent une élection. Une vraie sans tricherie.

Et quand il faut produire du très haut niveau ?
Silence radio.
Vide sidéral.

On ne forme pas :
– pas de tactique,
– de préparation mentale,
– de data,
– pas de biomécanique,
– pas d’analyse vidéo sérieuse,
– Ni de continuité.

On croit qu’un talent brut, parce qu’il dribble au quartier, peut affronter un joueur façonné par Clairefontaine, Salzburg, Leipzig ou Anderlecht.

Il y a des illusions qui tuent plus sûrement que les défaites.
Celle-là en fait partie.

Les binationaux ne nous envahissent pas : ils nous sauvent de la honte. Provisoirement

Hypocrisie suprême :
On critique les binationaux, mais sans eux, la Côte d’Ivoire aujourd’hui jouerait les préliminaires de la CAN avec un niveau CHAN.

Quand un joueur a fait :
– 15 ans de formation en Europe,
– 8 entraîneurs certifiés UEFA,
– 12 ans de suivi médical moderne,
– 6 années de data et d’analyse tactique…

… évidemment qu’il sera meilleur que le gamin du championnat local abandonné à lui-même.

Ce n’est pas de la trahison.
C’est de l’arithmétique sportive.

Le binational est un produit fini.
Le local n’a même pas d’atelier.

La vérité qui brûle : la Côte d’Ivoire ne forme plus personne. POINT.

Aucun miracle.
Pas de slogans “Vision 2030”.
Pas de “réforme du football”.

Pour former des joueurs :
il faut des entraîneurs formés.

Pour former des entraîneurs :
il faut des centres formateurs.

Pour avoir des centres formateurs :
il faut une vision.

Pour avoir une vision :
il faut des gens qui pensent football.
Pas des gestionnaires électoraux.

Aujourd’hui, tout le football ivoirien repose sur une diaspora qui fait gratuitement le travail que nos structures ne font pas.

Heureusement qu’ils existent.

Sinon, on serait nus.

La Côte d’Ivoire ne gagnera rien tant qu’elle n’aura pas réappris à former ses propres enfants

Tant que la formation locale sera une blague,
Que les académies seront des slogans,
tant que les clubs seront des PME mal gérées,
tant que les talents seront abandonnés à eux-mêmes,

la sélection restera un puzzle d’Européens en maillot orange.

Le jour où la Côte d’Ivoire produira 50 joueurs de haut niveau par génération, comme l’a fait Jean Marc Guillou, ou cherchent à le faire Né Marco d’Abidjan City, Cissé souleymane du Racing club D’abidjan…
Oui ce jour-là seulement,
les binationaux seront un plus.

Pas un pilier.
NI une béquille.
Pas une obligation.

Ce jour-là, notre football redeviendra ivoirien.
Pour l’instant, il ne l’est plus.

Et puis, soyons honnêtes
Comment un football peut-il réussir quand même l’arbitrage est une zone sinistrée ?
Comment espérer construire un jeu crédible quand certains arbitres, au lieu d’être les garants du règlement, deviennent les premiers facteurs de chaos ?
Dans les conversations du milieu, dans les gradins, dans les vestiaires, une même plainte revient : des arbitres incompétents, fragiles, influençables, parfois prêts à « arranger » un match pour une poignée de billets. Quand une décision se vend à 200 000 francs, quand un hors-jeu disparaît, quand un penalty apparaît comme par magie, quand le sifflet devient une marchandise, le football en meurt.
Et que dire des terrains, ces champs labourés qui prétendent porter des matchs de première division ? Comment exiger du beau jeu quand la pelouse rebondit comme un mur, quand la balle devient imprévisible, quand la technique est sabotée par la terre elle-même ?
Les joueurs ne sont pas le problème. Dans un système corrompu et mal encadré, personne ne joue bien. Tout commence par des centres de formation défaillants que précède leur tutelle.
ALEX KIPRE
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE

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