6 NOVEMBRE : 10 morts en CÔTE D’IVOIRE

23 heures

Aujourd’hui, 6 novembre. Une date qui ne devrait jamais être une simple case dans le calendrier ivoirien.

Car derrière ces quelques chiffres se cache une page douloureuse de notre histoire nationale. Un événement qui a profondément bouleversé la Côte d’Ivoire et marqué durablement ses relations avec la France.

Le 6 novembre 2004, à Bouaké, le bombardement d’un camp militaire français par l’aviation ivoirienne provoque la mort de dix personnes. Neuf militaires français et un ressortissant américain engagé dans l’action humanitaire. Trente-huit autres personnes sont blessées. Cet événement déclenche une riposte militaire française. Notamment la destruction des appareils militaires ivoiriens. Et ouvre une nouvelle séquence de tensions particulièrement violentes entre Abidjan et Paris. Les jours suivants sont marqués par des manifestations, des affrontements, des pertes humaines. Puis le départ de milliers de ressortissants étrangers. Une tragédie qui dépasse largement le cadre d’un affrontement militaire.

Vingt-deux ans après, que devons-nous retenir de cette journée ?

D’abord, qu’aucune crise politique ne devrait conduire une nation à perdre de vue la valeur de la vie humaine, la responsabilité des dirigeants et la nécessité du dialogue. Ensuite, que la souveraineté nationale, aussi légitime soit-elle, ne saurait être dissociée de la paix, de la justice et de la protection des populations. Se souvenir de Bouaké, ce n’est pas entretenir la haine contre un pays, glorifier un camp ou désigner collectivement des coupables. C’est exiger la vérité historique. Comprendre les responsabilités et refuser que les blessures du passé deviennent les conflits de demain.

Aujourd’hui, 6 novembre, souvenons-nous également que l’histoire d’un pays ne se construit pas uniquement avec ses victoires. Mais aussi avec sa capacité à regarder ses heures les plus sombres en face. La mémoire doit instruire les générations, éveiller les consciences et renforcer notre attachement à une Côte d’Ivoire réconciliée avec elle-même.

Que cette journée soit donc un moment de recueillement, de lucidité et d’engagement pour la paix. Car une nation véritablement forte n’est pas celle qui oublie ses drames. Mais celle qui apprend à ne plus les reproduire.

Le 6 novembre : se souvenir pour comprendre, comprendre pour construire et construire pour ne plus jamais revivre les mêmes tragédies.

JULIEN BOUABRE

POUVOIRS MAGAZINE

OPINIONS