Danse: Avec « Pandu », William Diarrassouba chorégraphie notre aliénation numérique

3 heures

Présentée le 2 octobre 2026 au Goethe-Institut d’Abidjan, Pandu, la création chorégraphique de William Diarrassouba, interroge notre aliénation numérique et notre dépendance croissante aux écrans.

Portée par la Compagnie La Marmite Africaine, cette pièce explore la dématérialisation des relations humaines et l’emprise grandissante des algorithmes sur nos comportements.

Que deviennent les relations humaines lorsque les technologies censées nous rapprocher finissent paradoxalement par nous éloigner ? C’est cette contradiction contemporaine que William Diarrassouba place au cœur de sa recherche chorégraphique. À ses yeux, l’univers numérique ressemble à une boîte de Pandore dont l’ouverture expose progressivement l’individu à de nouvelles formes d’enfermement.

Les algorithmes nous installent dans des espaces de confirmation permanente, notamment sur les réseaux sociaux, où nous rencontrons surtout des opinions et des profils qui nous ressemblent. Cette logique réduit progressivement notre disponibilité à la différence.

L’autre cesse alors d’être un interlocuteur avec lequel construire un dialogue pour devenir un profil à approuver ou à rejeter.

Sur la scène du Goethe-Institut, devant un public nombreux, le chorégraphe trouve dans la rencontre entre hip-hop et danses afro-contemporaines un puissant langage d’expression. Les quatre interprètes, Sarah Goué Lou, Issiaka Koné, Fidel Samey Santos et Armand Tagro Gnoméba, donnent corps à cette tension entre liberté humaine et conditionnement technologique.

La scénographie, volontairement épurée, repose notamment sur des lumières LED interconnectées aux mouvements des danseurs. Les gestes mécaniques, répétitifs et saccadés évoquent les automatismes algorithmiques, tandis que les corps semblent progressivement soumis à un flux invisible. Les ruptures gestuelles traduisent l’aliénation et l’épuisement d’individus pris dans une mécanique numérique qui leur échappe.

L’intérêt de Pandu réside précisément dans cette traduction physique d’un phénomène généralement abordé sous l’angle sociologique ou technologique. Le corps devient ici un espace de résistance.

Mais aussi le révélateur de nos contradictions face aux écrans.

Lauréat 2026 du Fonds A(rt)venir du Goethe-Institut Abidjan, le projet bénéficie d’un dispositif de coproduction destiné à soutenir les écritures artistiques contemporaines. La création a également bénéficié de l’accompagnement d’Avalanche Group, dirigé par Georges Kouamé, dont l’espace récemment ouvert à Angré Château, dans la cité Batim, a accueilli des travaux de recherche et de création de la compagnie.

Cette collaboration a notamment contribué au développement des choix scénographiques et sonores, essentiels à la construction de l’univers immersif de la pièce.

Danseur, chorégraphe et créateur formé à l’Institut national supérieur des arts et de l’action culturelle (INSAAC), William Diarrassouba appartient à une génération qui renouvelle les écritures chorégraphiques ivoiriennes. Avec La Marmite Africaine, il explore les correspondances entre héritage hip-hop, gestuelles afro-contemporaines et préoccupations sociales actuelles.

Avec Pandu, il pose une question qui dépasse largement le spectacle : à force de connecter les individus aux machines, ne sommes-nous pas en train de déconnecter les humains les uns des autres ?

AARON LESLIE

POUVOIRS MAGAZINE

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