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La justice n’a pas la mémoire courte

Divers chefs d’inculpation ont, en effet, été retenus contre lui dont, selon le communiqué du procureur, ceux ci-après énumérés. « actes terroristes, attentat contre la sûreté de l’État, complot contre l’autorité de l’État, participation à un mouvement insurrectionnel. Atteinte à l’ordre public, apologie de crimes de meurtre, attroupement armé et non armé, participation et organisation d’une manifestation interdite. Ou non déclarée, incendie volontaire de véhicule appartenant à autrui, commis à Abidjan et sur l’ensemble du territoire ».
Rien moins que cela !
Sauf à être légalement prescrits, ces infractions caractérisées peuvent absolument faire l’objet de poursuites dans les conditions prévues par la loi. Il appartient ainsi au ministère public, dans le cadre unique de ses prérogatives, d’apprécier l’opportunité des poursuites. Et, lorsque plusieurs faits sont susceptibles d’être pénalement poursuivis, de déterminer ceux auxquels il entend donner priorité.

Ce procédé, que d’aucuns qualifient de hiérarchisation des poursuites, est absolument conforme à notre code de procédure pénale et donc, à la loi en notre pays !

Pourquoi, dès lors, feindre la stupéfaction et crier haro sur l’institution judiciaire lorsqu’une convocation, initialement délivrée pour des délits que nous qualifierons de mineurs, conduit finalement l’autorité judiciaire à examiner des faits, furent ils antérieurs, susceptibles de relever d’une qualification criminelle plutôt que simplement délictuelle ?
Aussi, lorsque le PPA-CI, dans sa communication du jour, affirme que « c’est parce que le ministre Koné Katinan a apporté les preuves irréfutables (…de ses déclarations) que l’accusation de diffamation a été abandonnée … », cette présentation relève davantage de l’interprétation politique que d’un constat juridiquement établi.
Rien, absolument rien, dans cette affirmation, ne permet de conclure que l’abandon du chef initial procède de la prétendue démonstration de son innocence. Elle n’est donc pas factuelle. Bâtie sur un néant abyssal, elle est conçue aux seules fins de manipuler les faits pour désinformer l’opinion publique.

Il fallait ici que cette vérité soit rétablie.

La chronologie des faits ne saurait, non plus, à elle seule, imposer la stratégie de la poursuite. Des faits plus anciens, dès lors qu’ils ne sont pas prescrits et qu’ils présentent une gravité supérieure, peuvent parfaitement devenir le centre d’une procédure. Il faut donc cesser de transformer chaque procédure judiciaire visant un responsable politique en prétendue entreprise de musellement.
Personne n’a d’intérêt à faire taire quiconque, et surtout pas ce mis en cause là tout particulièrement.
Pourquoi ?
Et bien tout simplement parce qu’en substance et en l’espèce, il ne représente aucune menace politique qu’il faille bâillonner. Il n’en a ni la carrure, ni l’étoffe et encore moins l’envergure.
Ce qui, en revanche, est demandé à l’opposition est autrement plus simple et, au fond, beaucoup plus exigeant. Il lui est en effet demandé beaucoup plus de maturité qu’elle n’en a eu jusqu’à présent.

Qu’elle s’exprime librement certes mais, avec responsabilité.

Qu’elle n’avance aucun fait qui ne soit vérifiable, que ses accusations soient étayées, s’il y a lieu et matière. Et que ses arguments puissent résister à l’examen des faits comme à celui du droit.
L’opposition, en particulier les Gors du PPA-CI, redoutent encore à comprendre que la liberté d’expression, tant par eux invoquée dans ce dossier, n’est pas une licence pour dire tout. Et surtout n’importe quoi, pas plus que l’engagement politique ne confère une immunité contre la loi.
Lorsqu’une personne franchit les limites fixées par le législateur, il appartient aux autorités judiciaires d’en tirer les conséquences, dans le respect des droits de la défense et de la présomption d’innocence.
Nul, fût-il prétendument un « ancien ministre », n’est au-dessus de la loi. Ne le sont pas davantage ceux qui prétendent parler au nom du peuple ou de l’opposition.
C’est finalement une règle assez ancienne. Nos amis anglo-saxons l’expriment avec une simplicité redoutable : « As you sow, so shall you reap », professent-ils pour signifier que l’on récolte ce que l’on sème. Chacun devrait méditer cette maxime avant de s’indigner des conséquences de ses propres actes.
Qu’entendent donc ceux qui ont des oreilles car nous avons dit
A. SYLLA
POUVOIRS MAGAZINE

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