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Portrait-Interview. DJENABOU MARIAMA DIALLO | L’exigence de la compétence au service de la transmission

De la transformation numérique à la gouvernance, de l’entrepreneuriat au Rotary, de la lecture au golf, Djenabou Mariama Diallo revendique un parcours placé sous le signe de la transmission.

Administratrice indépendante, consultante et dirigeante de son propre cabinet, elle défend une conception exigeante du leadership, fondée sur la compétence, l’intégrité et le service.

Dans cet entretien, elle revient sur les choix qui ont façonné son parcours et sur les convictions qui l’animent.

 

CoolBee Ouattara (CLB) : Qui est Djenabou Mariama Diallo derrière ce parcours pluriel ?

 

Djenabou Mariama Diallo (DMD) : Je suis administratrice indépendante et dirigeante, spécialisée dans la gouvernance, les risques et la transformation numérique. Je siège notamment aux conseils d’administration d’institutions financières africaines au Kenya, au Rwanda, et au Sénégal. J’ai également fondé mon propre cabinet et continue d’intervenir comme consultante auprès de la Banque africaine de développement. Mais au-delà des fonctions, je suis une personne curieuse, qui refuse de s’enfermer dans une seule identité professionnelle. Mon passage précoce à la Banque africaine de développement a profondément façonné ma vision. Évoluer dans une institution réunissant les représentants de nombreux pays africains m’a transmis des valeurs d’intégrité, de transparence, de bienveillance et d’empathie, ainsi qu’une véritable identité panafricaine.

 

CLB : Pourquoi avoir choisi les systèmes d’information et la cybersécurité ?

DMD : Mon parcours est né d’une formation scientifique. Après un baccalauréat C, j’ai étudié les mathématiques et l’informatique avant de m’orienter vers l’informatique de gestion. J’ai rapidement compris que la technologie ne pouvait être dissociée du métier et de la stratégie. J’ai donc complété ma formation par un master en systèmes d’information et un autre en management des organisations. Mon intérêt pour la gouvernance m’a ensuite naturellement conduite vers la sécurité des systèmes d’information et la cybersécurité.

 

CLB : Que vous a appris l’entrepreneuriat ?

 

DMD : L’entrepreneuriat m’a surtout appris la responsabilité. Mon premier grand contrat remonte à 1999, alors que j’avais à peine 21 ans. J’avais créé une agence d’hôtesses à partir de mon expérience de mannequin et d’hôtesse d’accueil. Entreprendre oblige à assumer ses décisions, à penser stratégie, à rester humble et à se former continuellement. Lorsque l’on vend une expertise, celle-ci doit constamment demeurer à la pointe.

 

CLB : Comment avez-vous construit votre légitimité dans des environnements professionnels encore très masculins ?

 

DMD : Je n’ai jamais considéré le fait d’être une femme comme une limite. Très tôt, j’ai compris que la compétence constituait le meilleur argument. Dans certains environnements, les femmes doivent malheureusement démontrer davantage leurs capacités. C’est pourquoi je privilégie toujours le parcours et les compétences plutôt que l’apparence ou les préjugés.

 

CLB : Pourquoi avoir choisi de mettre vos compétences au service des autres ?

 

DMD : J’ai eu la chance de recevoir. Une bourse destinée à encourager les jeunes filles dans les filières scientifiques m’a notamment permis de poursuivre ma formation. Cette expérience m’a donné le sentiment qu’un jour, je devrais à mon tour contribuer à ouvrir des portes. C’est ce qui donne du sens à mon engagement associatif. Au Rotary, j’ai retrouvé cette philosophie du service. Je crois profondément que lorsque l’on réussit, il faut rendre une partie de ce que l’on a reçu. La carrière et l’engagement citoyen ne sont pas contradictoires : ils se complètent.

 

CLB : Votre engagement en faveur de la lecture et du golf relève-t-il de la même philosophie ?

 

DMD : Absolument. La lecture est une condition fondamentale de l’autonomie. Savoir lire permet de comprendre son environnement, d’exercer son esprit critique et de gagner en liberté. À l’ère du numérique, cet enjeu demeure essentiel. Le golf m’a, quant à lui, appris l’humilité, la concentration, la persévérance et l’intégrité. On ne se bat pas seulement contre les autres : la véritable compétition est contre soi-même. C’est aussi pour démocratiser cette discipline et encourager davantage de jeunes et de femmes ivoiriennes à la pratiquer que j’ai souhaité m’investir dans sa gouvernance.

 

CLB : Quel est le fil conducteur de tous vos engagements ?

 

DMD : La transmission. Lorsque je découvre quelque chose, j’ai envie de le partager. Qu’il s’agisse de lecture, de golf, de gouvernance ou d’actions sociales, l’objectif demeure le même : donner des outils, créer des opportunités et permettre à d’autres de franchir les portes que j’ai moi-même pu franchir.

 

CLB : Quelle conviction souhaitez-vous transmettre à la jeune génération ?

DMD : Le travail paie, à condition d’être accompagné par la formation et l’intégrité. Une carrière n’est jamais une ligne droite. Il faut savoir saisir les opportunités, apprendre de ses erreurs et, lorsque cela est nécessaire, recommencer autrement. Et surtout, lorsque l’on réussit, il faut tendre la main à ceux qui viennent derrière nous. C’est ainsi que nous contribuons à bâtir des institutions plus fortes, à créer durablement de la valeur et à donner un véritable sens à la réussite.

 

Coolbee Ouattara.

photos: dr

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