De Zokora à Yaya Touré, Jean-Marc Guillou a repéré, formé et accompagné plusieurs talents devenus des références du football ivoirien.
Et si le football ivoirien devait enfin se demander pourquoi ceux qui détectent nos talents sont si souvent écartés ?
Jean-Marc Guillou n’a pas seulement formé des joueurs ; il a contribué à bâtir une génération majeure du football ivoirien.
Né Marco, Copa Barry, Eboué Emmanuel, Aruna Dindané, Kolo Touré, Tokpa Alexandre, Bagrito, Kanda Erico, Charlton, Yaya Touré et plusieurs autres talents portent encore aujourd’hui l’empreinte de cette méthode exigeante et visionnaire.
Pourtant, celui qui avait compris très tôt le potentiel de ces jeunes n’a pas toujours été suffisamment écouté ici.
La Fédération ivoirienne de football n’a pas souhaité poursuivre avec lui, malgré les résultats produits par son travail remarquable.
Plus troublant encore, certains responsables semblent avoir préféré s’éloigner d’un homme dont l’expertise aurait pourtant pu servir durablement.
Roger Ouégnin, notamment, a entretenu et jusqu’à ce jour entretient avec Guillou une relation difficile. Alors même que leurs univers sportifs demeuraient étroitement liés.
Et lorsque des joueurs repérés par Guillou rejoignent ensuite certains clubs dont l’Asec, la question de la cohérence interroge nécessairement.
Car aujourd’hui, beaucoup célèbrent Yaya Touré, devenu entraîneur qualifié pour poursuivre son aventure européenne au plus haut niveau.
Pourtant, son histoire ivoirienne rappelle qu’il fut jadis considéré comme trop frêle pour convaincre certains observateurs de l’ASEC.
Il a fallu qu’un regard différent découvre derrière ce physique encore fragile un talent capable de conquérir l’Europe entière.
Aujourd’hui, cette même Côte d’Ivoire applaudit Yaya, tandis que son premier détecteur de talent demeure étonnamment absent.
Et récemment encore, Guillou aurait contribué à faire émerger d’autres profils, dont Inao, illustrant la permanence de cette méthode. De cette recette
Alors, sommes-nous réellement capables de reconnaître nos visionnaires avant que leurs talents ne deviennent célèbres sous d’autres cieux ?
Sommes-nous capables, surtout, de dépasser les rivalités personnelles pour préserver les méthodes qui ont déjà produit des résultats exceptionnels ?
Le problème dépasse désormais Jean-Marc Guillou : il concerne notre capacité collective à identifier, accompagner et protéger nos véritables découvreurs.
Car quand un système éloigne ceux qui trouvent les pépites, il risque ensuite de célébrer leurs découvertes sans jamais questionner.
Aujourd’hui, Yaya Touré écrit une nouvelle page européenne et l’on applaudit justement son parcours, mais n’oublions jamais celui-ci.
Derrière certaines grandes réussites ivoiriennes, il existe souvent un homme discret qui avait vu le talent avant tous.
Jean-Marc Guillou mérite donc davantage qu’un hommage tardif : il mérite que nous interrogions sérieusement nos choix sportifs.
DESIRE THEA
POUVOIRS MAGAZINE

