FATIMA KONÉ : L’ABSURDE PROCÈS DE SES ORIGINES

1 semaine

Alors que Fatima Koné, Miss Côte d’Ivoire 2025, fait l’objet de critiques pour avoir évoqué ses origines burkinabè du côté maternel, A. Sylla dénonce

L’affaire aurait franchement prêté à rire s’il n’était question de sujets qui soulèvent, derrière leur apparente incongruité, des questions d’une réelle gravité qu’il importe ici d’examiner avec discernement, de disséquer avec rigueur et, surtout, de clarifier sans faux-fuyants.

Notre ravissante Fatima KONÉ, Miss Côte d’Ivoire 2025, actuellement présente au Vietnam dans le cadre du concours Miss Monde, aurait — précaution élémentaire liée aux perversions de l’IA — publiquement affirmé avoir, par sa mère, des origines burkinabè. Voilà qu’aussitôt, dans certains milieux, toujours les mêmes, hélas, cette déclaration, qui, en principe, ne devrait relever que de sa filiation et de son histoire familiale, suscite des appels à sa démission dudit concours, où elle est censée représenter notre si chère Côte d’Ivoire.

QU’A-T-ELLE DONC DIT DE SI ALARMANT ET CONDAMNABLE ?

Rien ! Absolument rien, tout du moins à nos yeux.

L’on ne saurait, d’un côté, reprocher aux Ivoiriens d’ascendance étrangère de n’être que peu fiers de leurs origines, de les dissimuler ou de les renier et, de l’autre, leur faire grief de les assumer pleinement lorsqu’ils le font avec naturel et fierté. Il y a là une contradiction qui confine à l’absurde.

Fatima Koné, en faisant cette déclaration, nullement ne renie la Côte d’Ivoire. Elle rappelle tout simplement une composante inaliénable de son histoire familiale et c’est précisément ce que certains prétendent pourtant souhaiter : que les Ivoiriens dont les ascendants viennent d’ailleurs n’aient ni honte ni gêne à assumer cette part de leur héritage.

Être, en effet, fier de ses origines n’amoindrit en rien l’appartenance à la nation.

Il nous faut ici, une fois pour toutes, dissiper une confusion qui empoisonne inutilement le débat public et exacerbe les clivages, s’il en est : l’origine familiale et la nationalité, pour n’être pas des notions synonymes, ne sont pas non plus contradictoires. La première renvoie à la filiation, à l’ascendance, à l’histoire intime d’une famille ; la seconde relève simplement et uniquement du droit ainsi que du lien juridique qui unit une personne à un État.

On peut donc très parfaitement être d’ascendance burkinabè, malienne, sénégalaise, libanaise, française, guinéenne, cap-verdienne ou autre et être juridiquement, pleinement et incontestablement ivoirien. Des milliers, sinon des millions, de nos compatriotes, dont votre serviteur, répondent à cette catégorie sans que cela n’entrave en rien leur appartenance ni leur affection pour la nation ivoirienne.

Cela participe du même principe que ces milliers d’Ivoiriens d’origine qui, aujourd’hui, ici ou ailleurs, se réclament d’une autre nationalité.

Demandez donc à Digbé de la Bretagne ou du Poitou-Charentes, à Diakité ou Séka de Montréal ou du Manitoba, ou encore à Kouadio du fin fond de la Louisiane ou à Fofana de New York City : ils sont français, américains, canadiens ou autres. Ils ont pourtant ceci de commun qu’ils savent tous parfaitement que la nationalité ne se mesure ni à la couleur du sang, ni au lieu de naissance des grands-parents, encore moins à la consonance d’un nom.

Fort de ce principe, si Fatima Koné est ivoirienne — et elle l’est assurément, ainsi que pleinement —, elle peut représenter la Côte d’Ivoire, notre pays à tous. Point final !

D’ailleurs, depuis quand faudrait-il, pour dignement représenter son pays, procéder à une sorte d’examen généalogique destiné à vérifier la « pureté » supposée de ses origines ?

Faudrait-il désormais demander à chaque candidat de produire l’arbre généalogique de ses ascendants avant de l’autoriser à porter les couleurs nationales ?

Un certain régime, déchu fort heureusement, s’était employé à créer ce type de distorsions lexicales dans l’esprit des plus faibles. Nous savons tous ce que cela nous a apporté. Insister et persister dans cette voie sans issue, comme s’y emploient encore certains nostalgiques, serait ouvrir une boîte de Pandore dont personne ne mesurerait les conséquences.

Notre si belle et si précieuse Côte d’Ivoire s’est précisément construite dans le brassage des populations, dans le parallélisme des cultures, dans la multiplicité des trajectoires devenues richesses et des filiations devenues pouvoirs. Son identité nationale ne peut et ne saurait donc être réduite à une conception étriquée de l’ascendance.

La nation n’est certainement pas une affaire de pedigree.

Ce qui devrait, en revanche, nous interpeller, ce n’est pas que Fatima revendique une ascendance burkinabè et qu’elle en soit fière ; pourquoi ne le serait-elle pas, du reste ?

Ce qui devrait davantage nous inquiéter, c’est qu’en 2026, dans un segment d’un XXIe siècle résolument tourné vers un monde désormais globalisé, certains individus, peu nombreux heureusement, puissent encore considérer qu’une origine étrangère, même partielle et parfaitement assumée, constitue une circonstance suffisamment infamante pour disqualifier une Ivoirienne de la représentation de son propre pays.

Soyons cohérents avec nous-mêmes : si nous voulons d’une Côte d’Ivoire qui assume sa diversité, commençons par ne pas transformer celle-ci en procès. Fatima n’a pas trahi la Côte d’Ivoire en évoquant ses origines. Elle a simplement raconté une partie de son histoire.

Une nation sûre d’elle-même ne demande pas à ses enfants de mutiler leur mémoire familiale pour avoir le droit de lui appartenir.

Merci, Fatima. Sache-le : beaucoup d’Ivoiriens t’aiment, croient en toi et t’accompagnent dans cette nouvelle aventure.

Qu’entendent donc ceux qui ont des oreilles, car nous avons dit.

A.SYLLA

POUVOIRS MAGAZINE

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