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Face à l’ampleur persistante de l’orpaillage clandestin, la Côte d’Ivoire semble désarmée. Dans cet éditorial incisif, Ferro Bally, figure reconnue du journalisme ivoirien, interroge l’impuissance des pouvoirs publics, la responsabilité collective invoquée par les autorités et les limites d’un dispositif sécuritaire pourtant présenté comme performant.

Une analyse sans concession d’un phénomène qui met à nu les fragilités de l’État. Et rappelle que certaines menaces ne peuvent être combattues sans l’adhésion des populations.

C’est bizarre et surprenant. Les autorités ivoiriennes plastronnent. Sous leur magistère, le pays serait désormais à l’abri. Le terrorisme et la subversion ne passeront plus, la cybercriminalité ferait partie des mauvais souvenirs, etc.

Mais ce pays, doté d’une armée disposant de moyens impressionnants de défense et de systèmes électroniques à la pointe, est désarmé face à l’insaisissable orpaillage criminel.

Pour leur défense, les autorités ont trouvé la parade pour s’en laver les mains. « Nous sommes tous coupables », clament-elles, afin de diluer leurs responsabilités et de ne pas avoir à rendre des comptes.

Même Téné Birahima Ouattara, l’homme de l’année 2025, le ministre d’État à qui l’on attribue la modernisation de l’armée, au point que, pour le récompenser, le chef de l’État a fait de lui, exceptionnellement, un vice-Premier ministre, n’a pas dérogé à cette fuite en avant.

Face aux députés, en décembre 2024, il ne s’est pas montré à la hauteur de sa tâche.

« Je le dis et j’en suis convaincu, l’orpaillage illégal n’est pas seulement l’affaire des forces de défense et de sécurité. C’est l’affaire de tout le monde, que ce soient les chefs de village, les chefs de canton, les jeunes, et j’en passe », a-t-il jeté l’éponge avant de lancer un appel au secours : « À nous seuls, on ne peut pas ; il faut qu’on se dise la vérité. Vous démantelez un site aujourd’hui, le site se reconstitue quelques jours plus tard avec la complicité des populations. »

Et de conclure, comme défait : « La complicité des populations fait que nous sommes toujours à la case départ, malheureusement. »

Le potentiel successeur d’Alassane Ouattara se met ainsi à table. Et le gouvernement avoue son impuissance sans aller jusqu’au bout de sa logique : la démission, comme dans l’affaire du Probo Koala, en août 2006.

De plus, en sollicitant la participation des populations, le gouvernement admet que, lorsque le mur est lézardé, comme en 2002, aucun État ne peut vaincre une menace intérieure alimentée par des puissances extérieures.

C’est l’union qui fait la force. Et l’orpaillage illégal en donne, une fois de plus, la leçon.

FERRO Bally

POUVOIRS MAGAZINE

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