Franck Attè : « Voilà trente ans que le son de sa voix demeure audible en nous »

4 semaines

Trente ans après la disparition de son père, Franck Attè revient sur son héritage, ses valeurs et le sens d’une Coupe qui porte désormais son nom.

À l’occasion de cet hommage, Pouvoirs Magazine s’est entretenu avec Franck Attè, l’un des enfants du défunt, autour de cette mémoire familiale devenue progressivement mémoire collective.

Votre père est honoré trente ans après sa disparition. Pourquoi avoir attendu si longtemps pour inscrire officiellement son nom dans une initiative d’une telle ampleur ?

Trente est un nombre majeur dans la vie d’un homme. À cet âge, la maturité lui sourit, avec un argumentaire presque universel dans ses prises de parole après décision.

Voilà trente ans que le son de sa voix demeure audible en nous, ses enfants et petits-enfants.

C’est ce son intérieur, protecteur, que nous souhaitons aujourd’hui partager avec nos frères et sœurs d’ici et d’ailleurs.

Vous parlez beaucoup de transmission et de valeurs. Quelles valeurs précises votre père vous a-t-il réellement laissées ?

La valeur cardinale qui nous inspire encore est le don de soi dans la discrétion.

Chez nous, le relationnel est sacré. Les personnes que chacun de nous rencontre sont considérées comme des dons de Dieu.

Faire commerce avec elles devient alors une forme de sacerdoce. Le partage en est le lit.

Je ne dirais pas que quelque chose a disparu. Je dirais plutôt que les marges ne sont plus les mêmes.

La société actuelle semble davantage guidée par les intérêts. La place de l’amour pour l’autre connaît de nombreuses concurrences.

Pourtant, une conviction demeure : seul, on va plus vite ; ensemble, on va plus loin.

Cette Coupe porte le nom d’un magistrat et homme d’État, mais elle passe par le football. N’y a-t-il pas un risque de réduire sa mémoire à une simple célébration sportive ?

Non, parce que le vivre-ensemble constituait pour lui une véritable devise.

Son oncle Ernest Boka, homme d’État qui n’est plus à présenter en Côte d’Ivoire ni dans les milieux diplomatiques, fut davantage qu’un mentor.

À Grand-Morié, il avait mené des actions importantes autour de l’urbanisation, du renforcement des capacités, du financement d’études et de la création d’une mutuelle de développement.

Comment, dès lors, ne pas répondre présent lorsqu’il est question d’un sport capable de fédérer toutes les couches socioprofessionnelles ?

Le football devient justement ce creuset d’échanges, de fraternité et de brassage.

Mon père avait lui-même fraternisé avec des Ivoiriens rencontrés à Tabou, Bouaké, Daloa, Touba ou Tiassalé, au gré de sa carrière.

Le brassage était continuel. Cette Coupe ne fait donc que prolonger une conception du vivre-ensemble qu’il portait déjà.

Votre père a consacré une partie de sa vie au service public et au développement de Grand-Morié. Les générations actuelles connaissent-elles réellement son parcours ?

Il nous répétait souvent : « Celui qui te conseille d’acheter un cheval ventru ne t’aidera pas à le nourrir. »

Cette phrase résumait une philosophie : conseiller engage toujours celui qui conseille.

Ses yeux communiquaient également toute son admiration lorsqu’il effectuait ses déplacements entre Abidjan et son village.

Il bâtissait des hommes.

Une fois au village, sa cour ne désemplissait jamais. Il entretenait avec chacun une relation particulière, comme s’il connaissait précisément la place de chacun dans son propre arbre généalogique.

Les communautés allogènes du village trouvaient également en lui un défenseur de leurs droits fondamentaux.

C’est peut-être cela que les générations actuelles doivent surtout retenir : derrière les fonctions, il y avait un homme profondément attaché aux autres.

Vous êtes chargé de communication à l’ASCAD. Entre devoir de mémoire, histoire familiale et communication institutionnelle, comment éviter que cet hommage ne devienne une simple opération d’image ?

Je voudrais d’abord prendre une minute pour saluer le président Aké N’Gbo, ainsi que les grandes figures de l’Académie.

Je pense notamment à Harris Memel-Fotê, Barthélemy Kotchy, Charles Nokan, Bernard Dadié, Laurent Aké Assi et à tous les autres éminents membres.

À la faveur d’un séminaire consacré aux « Cultures endogènes et éducation en Afrique », l’Académie prend justement en charge cette transversalité des apports éducatifs.

Un homme devrait accepter de se laisser traverser par plusieurs influences afin de sertir sa propre orfèvrerie.

Pour papa Attè, un pas est aujourd’hui posé. D’autres seront posés demain par d’autres.

Loin de nous donc toute prétention à l’exhaustivité d’une vie qu’il faut continuer à offrir aux autres.

Qu’est-ce qu’un Attè ne ferait jamais ?

Il ne reconnaîtrait jamais à tort le bienfait qui lui serait fait, quelles que soient les circonstances.

La censure héberge cette borne.

Et je tiens à rappeler une chose importante : son nom s’écrit Attè, et non Atté ou Athé.

Que Dieu se souvienne de lui, et non Molière.

Propos recueillis par

Pouvoirs Magazine

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