Anthôman: Prisca Marceleney, (Komin) l’actrice qui donne une âme aux silences

4 semaines

Figure importante du cinéma ivoirien, actrice, scénariste, productrice et écrivaine, Prisca Marceleney retrouve Jacques Trabi dans Anthôman, attendu le 30 juillet au Pathé Cap Sud.

Révélée il y a plus de vingt ans, elle livre une interprétation efficace. Le silence, l’émotion et la mémoire collective y deviennent les véritables moteurs du récit. À travers le personnage de Komin, elle rappelle qu’un grand rôle ne s’incarne pas seulement, il se vit.

Révélée au grand public dans la série culte Sida dans la cité, elle confirme rapidement son talent dans Moussa Taximan d’Henri Duparc. Avant d’incarner le rôle-titre de Caramel. Plus tard, Sans regret de Jacques Trabi, où elle interprète Tantie Choco aux côtés de Michel Bohiri, consacre définitivement sa capacité à porter des personnages complexes. Aujourd’hui, le succès de la série Dr. Wlika sur Canal+ confirme une carrière construite sur la régularité davantage que sur les effets de mode.

Le 30 juillet prochain, elle retrouvera Jacques Trabi dans Anthôman. Un long-métrage qui interroge l’honneur, la tradition et la mémoire à travers une tragédie humaine profondément africaine.

Son personnage, Komin, n’est pas une héroïne démonstrative.

« Elle porte une blessure qu’elle garde pour elle. Son amour pour Gooré demeure impossible puisqu’elle partage déjà la vie de son meilleur ami », explique l’actrice.

Cette retenue nourrit toute son interprétation. « Les silences parlent parfois davantage que les dialogues. Ils ne figurent pas toujours dans le scénario, mais ils s’imposent naturellement lorsque l’on comprend véritablement un personnage. »

Pour Prisca Marceleney, le métier d’actrice dépasse largement l’exercice de composition. « On ne joue jamais un personnage. On l’habite dès le premier jour de tournage. C’est ce que ma formation m’a appris et ce que j’essaie d’appliquer à chacune de mes interprétations. »

Cette exigence rejoint parfaitement la démarche de Jacques Trabi. « Il raconte des destins individuels qui ouvrent toujours une réflexion sur notre mémoire collective. Chez lui, la tradition n’est jamais un décor. Elle agit sur les personnages, guide leurs choix et révèle leurs contradictions. »

Afin d’incarner Komin, l’actrice s’appuie sur plusieurs sources.

Le scénario constitue le point de départ, suivi des intentions du réalisateur, de recherches personnelles et d’un important travail d’imagination. « Chaque personnage possède une histoire invisible que l’acteur doit découvrir avant même le premier plan. »

À ceux qui réduisent encore le cinéma africain au folklore ou au simple témoignage social, elle répond avec conviction. « Nos histoires peuvent rester profondément africaines tout en parlant au monde entier. Nous n’avons pas besoin de travestir notre identité pour être compris ailleurs. »

Cette fidélité à l’authenticité explique sans doute la longévité de Prisca Marceleney. Devant la caméra comme derrière, à travers Babi Pictures ou ses scénarios, elle poursuit une même ambition : raconter des récits qui survivent au temps.

À l’image de Komin, elle rappelle finalement qu’au cinéma, les émotions les plus fortes naissent souvent de ce qui n’est jamais entièrement dit.

AK

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