Abomé: quand la mort rend enfin les hommages que la vie refusait

2 semaines

Dans un texte bouleversant, Lyne Des Mots dénonce l’hypocrisie sociale, les lynchages silencieux et les hommages tardifs rendus à Abomé après sa disparition.

Il aura donc fallu qu’un cœur cesse de battre pour que les claviers se mettent enfin à vibrer d’amour. Un magnifique spectacle dans ce silence assourdissant de vérité.

Hier encore, le poison de la calomnie coulait à flots. On fermait des portes avec le sourire, on boycottait en groupe, on pratiquait la sainte haine par procuration. Et aujourd’hui ? Les bourreaux d’hier se bousculent pour écrire les plus belles oraisons funèbres. C’est la magie des réseaux : ici, la mort est le meilleur conseiller en communication.

On te poussera dans le vide, puis on commentera ta chute avec des émojis en larmes.

Une étrange bienveillance cruelle.

En effet, bien souvent, derrière les grands textes sur la fraternité se cache une réalité plus sombre.

Des sourires de façade et cette omerta qui étouffe les vivants avant de pleurer les morts. Beaucoup se proclament prophètes de lumière avec, pourtant, une âme de vautour.

Ce harcèlement invisible, ces messes basses de couloir et ces ligues de l’ombre sont entretenus par des gens qui ont troqué leur langue contre un poignard.

À tous les adeptes du lynchage passif, à ceux qui détestent sur commande et boycottent par mimétisme : continuez à dresser vos tables de haine. Mais n’oubliez jamais que la vie est un restaurant au menu unique : chacun finira par goûter au plat qu’il a servi aux autres. Et le retour de flamme a souvent un goût de brûlé.

Aimez les gens vivants. Morts, ils n’ont plus besoin de votre hypocrisie de dernière minute.

Repose en paix, cher artiste Abomé.

Lyne Des Mots

photo:dr

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