À l’approche des 80 ans du PDCI-RDA, l’ombre de Tidjane Thiam plane sur la scène politique, entre résistance stratégique et enjeu majeur.
À l’heure où le PDCI-RDA s’apprête à célébrer ses 80 ans, une question s’impose avec acuité : quelle place pour Tidjane Thiam ?
Son absence physique annoncée, lui qui se trouve encore à l’étranger, contraste avec une présence politique indéniable au cœur du parti.
Cette situation n’est pas sans rappeler un précédent majeur de l’histoire politique ivoirienne.
Il y a eu, en effet, des candidats écartés au prétexte de leurs origines, de leur éloignement du pays ou d’une supposée méconnaissance du terrain.
Le cas le plus marquant reste celui d’Alassane Ouattara.
À l’époque, rien ne garantissait qu’il remporterait une élection s’il avait été autorisé à se présenter.
Mais les mises à l’écart et les formes d’ostracisme ont contribué à forger sa trajectoire politique. Aujourd’hui, il est au pouvoir.
Demain, la donne pourrait également évoluer pour Tidjane Thiam.
En 2027, en 2028, nul ne peut dire ce que sera le paysage politique ivoirien. Comme hier pour Ouattara, l’imprévisible reste une constante.
Certes, l’affaire Guikahué a pu révéler des failles dans sa stratégie, peut-être un manque d’anticipation.
Mais cela ne saurait suffire à le disqualifier. Thiam demeure une figure capable d’enrichir le débat politique national.
Certains le jugent fragile. Pourtant, les faits démontrent le contraire.
S’il l’était, il se serait retiré. Or, tout indique qu’il entend se battre jusqu’au bout.
Malgré les pressions, les tentatives d’intimidation et les rivalités internes, il résiste.
Depuis l’étranger, il continue de diriger son parti et de structurer son retour, sans céder.
Face à lui, même un adversaire influent comme Jean-Louis Billon n’a pas réussi à l’effacer.
Mieux, Thiam a remporté des victoires internes significatives, preuve d’un ancrage réel. Il a résisté à une fronde. Celle des députés Emmou de Port-Bouet, Yacé de Cocody et Ehouo du Plateau qui le 6 mars avait suspendu leur participation au groupe parlementaire du Pdci.
L’assignation de Charles Abié Tchétché, membre du bureau politique qui tombe sur une date symbolique : le 9 avril. Le jour où le parti politique fêtera ses 80 ans. Cette nouvelle procédure judiciaire vise la légalité de la présidence tenue par Tidjane Thiam, qui vit à l’étranger depuis un an.
S’il suscite autant d’opposition, c’est précisément parce qu’il représente une alternative crédible.
Au RHDP comme chez certains cadres du PDCI, sa présence dérange.
Les déclarations de certains responsables politiques en disent long sur le climat actuel.
Ainsi, un transfuge du PDCI-RDA, Adjoumani, désormais Rhdp confirmé affirmait : « Personne ne peut dire qu’il est candidat, peut-être devant sa femme à la maison ».
Dans le même élan, Mamadou Touré ajoutait : « Chez nous au RHDP, Alassane Ouattara est notre candidat tant qu’il est vivant ».
Ces propos traduisent une réalité politique marquée par une forte concentration du pouvoir. Et une faible ouverture à la concurrence.
Dans ce contexte, Thiam fait face à un double défi : s’imposer dans son propre parti et exister dans un espace politique contraint.
Il ne choisit ni la rupture brutale, ni la confrontation frontale. Il avance autrement.
Sans bruit excessif, mais avec constance, il s’inscrit dans la durée.
Et dans une scène politique où tout peut basculer, cette persévérance pourrait bien, à terme, changer la donne.
AK
photo: dr
POUVOIRS MAGAZINE

