Tout se passe comme si la Côte d’Ivoire émettait le tic tac rassurant des horloges suisses.
Le 17 mars 2026, la Grande chancellerie a décoré le président du Conseil de l’Ordre du mérite agricole, Bruno Nabagné Koné, ministre de l’Agriculture, du Développement rural et des Productions vivrières. Le lendemain, le chef de l’État, Alassane Ouattara, pour la troisième fois en un trimestre, a pris l’avion présidentiel pour une visite privée en France aux frais de la princesse.
Pourtant, dans une zone de turbulence, le pays est confronté à une double crise, cacaoyère et énergétique. Depuis la fin de l’année dernière, les cacaoculteurs ne savent pas à quel saint se vouer.
Le prix politique bord champ de 2.800 f/kg, salué avec ferveur, n’a vécu que le temps de son annonce. Il n’a pas été respecté par des acheteurs véreux, qui donnent des reçus comme paiement.
Sans compter que des milliers d’entre eux n’ont pas écoulé leur production de cacao, stockée dans des magasins de coopérative.
Pis, le 4 mars, avant sa décoration, le nouveau ministre de tutelle a signé sa prise de fonction. Il a diminué le prix bord champ de plus de 57%, le fixant pour la campagne intermédiaire à 1.200 f/kg.
Alors que la colère des paysans, amers et livrés à eux-mêmes, ne cesse d’enfler, la Côte d’Ivoire est aux prises avec un serpent de mer:
les coupures intempestives de courant.
Dans toutes les villes du pays et les communes d’Abidjan, les incidents se multiplient. Comme les années précédentes et avec les mêmes problèmes, le gouvernement adopte la stratégie de communication de guerre.
La CIE parle d’une pression saisonnière due à la chaleur et le gouvernement, par la voix de son porte-parole, est catégorique. « La Côte d’Ivoire produit suffisamment d’énergie pour sa consommation, » a déclaré Coulibaly Amadou, le 4 février 2026.
Par conséquent, le pays ne vit pas le délestage. Mais le rationnement et les perturbations meubleront encore pendant des années la vie des Ivoiriens. Surtout que le pays a privilégié les centrales hydroélectriques qui tombent sous la menace du changement climatique.
La fin du monopole de la CIE que Ouattara a annoncée en 2016, est restée une vue de l’esprit. Alors, au forceps, l’État a ajusté les tarifs en 2023 et 2024 de presque 20% d’augmentation, sans conséquence sur le terrain. L’État ne parvient pas à opérer sa part d’investissement. Et, face au déficit énorme, le secteur de l’électricité traîne des équipements obsolètes, qui attendent d’être renouvelés. Et l’État partage ses doutes. « Dans quelques années, ce problème sera derrière nous. » A prévenu le porte-parole du gouvernement pour alerter afin que chacun prenne les dispositions pour se mettre à l’abri de coupures, qui restent pendantes.
F. M. Bally
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE

