Carême et Ramadan : la leçon d’unité d’une Côte d’Ivoire

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Musulmans et Catholiques. Si les pratiques diffèrent, l’intention profonde demeure comparable : se rapprocher de Dieu, purifier son cœur et réorienter sa vie.

Le carême, enraciné dans la tradition chrétienne depuis les premiers siècles, conduit les fidèles vers Pâques. A travers quarante jours de pénitence, de partage et d’effort intérieur. Le ramadan, pilier fondamental de l’islam, impose un mois de jeûne quotidien, de prière assidue et d’attention accrue aux plus démunis. Dans les deux cas, il ne s’agit pas uniquement de s’abstenir de nourriture, mais de transformer son rapport à soi et aux autres.

Cette simultanéité spirituelle intervient dans un environnement politique ivoirien traversé par des débats intenses, des compétitions électorales et des tensions parfois perceptibles. La Côte d’Ivoire porte encore les traces de crises passées qui ont fragilisé le tissu social et alimenté la méfiance entre acteurs politiques.

Les discours se durcissent à l’approche des échéances majeures, les camps se structurent. Et la tentation de l’instrumentalisation identitaire n’est jamais totalement absente. Dans ce contexte, voir musulmans et chrétiens entrer ensemble dans un temps d’humilité et de maîtrise de soi revêt une portée symbolique considérable.

Le jeûne enseigne la retenue. Il impose de contrôler ses paroles, de résister à l’impulsivité et d’adopter une posture de patience. Ces vertus, centrales dans l’expérience religieuse, pourraient utilement inspirer la sphère publique. Une démocratie solide ne repose pas seulement sur des institutions et des textes juridiques.

Elle exige également une culture du respect, de l’écoute et de la responsabilité.

Or, la discipline intérieure pratiquée pendant le carême et le ramadan rappelle que la liberté authentique suppose la maîtrise de soi.

La Côte d’Ivoire peut se réunir non pas en effaçant ses différences, mais en apprenant à les organiser. La diversité religieuse du pays, loin d’être un facteur de division automatique, constitue un laboratoire permanent de coexistence.

Dans les quartiers d’Abidjan comme dans les villes de l’intérieur, il n’est pas rare de voir des familles mêler plusieurs appartenances confessionnelles. Les salutations, les fêtes et les solidarités quotidiennes traversent les frontières religieuses avec une relative fluidité. Cette réalité sociale contraste parfois avec les crispations politiques mises en avant dans l’espace médiatique.

Cependant, l’unité nationale ne saurait être proclamée sans tenir compte des défis persistants. Les inégalités économiques, le chômage des jeunes, les rivalités locales et les frustrations accumulées peuvent fragiliser le vivre-ensemble. De plus, la compétition politique, lorsqu’elle se radicalise, peut réveiller des réflexes d’exclusion. La cohésion ne peut donc être laissée à la seule bonne volonté individuelle. Elle requiert des institutions impartiales, un discours public responsable et une vigilance constante contre les dérives.

La leçon silencieuse du carême et du ramadan est peut-être celle-ci.

La transformation collective commence par une exigence personnelle. En acceptant l’effort, la frustration et la discipline, les croyants montrent qu’un dépassement de soi est possible. Transposée à l’échelle nationale, cette logique invite les responsables politiques comme les citoyens à privilégier l’intérêt général sur les calculs immédiats. L’unité ne sera jamais un état acquis définitivement. Elle est un processus, un travail quotidien.

Ainsi, dans le tumulte d’une vie politique animée, l’image de fidèles priant simultanément rappelle une évidence souvent oubliée. La Côte d’Ivoire possède en elle-même les ressources culturelles et spirituelles nécessaires pour consolider sa cohésion.

À condition de reconnaître lucidement ses fragilités et de refuser les discours de division, elle peut transformer sa pluralité en force. Et faire de ses différences non pas des lignes de fracture, mais des points d’appui pour construire un avenir commun.

 

FATEM CAMARA & MARIE GNIALET

photo: dr

POUVOIRS MAGAZINE 

 

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