FIF : Duel Cissé-Diallo, le choix d’un modèle civilisationnel

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À l’horizon de septembre, l’affrontement entre Idriss Diallo et Souleymane Cissé excède la compétition électorale pour devenir un révélateur anthropologique du type d’autorité que la société ivoirienne souhaite consacrer.

Il cristallise un conflit de légitimité, de méthodes et d’imaginaire social qui interroge le futur du football ivoirien dans ses fondements.

La confrontation entre Idriss Diallo, soixante-six ans, et Souleymane Cissé, quarante-huit ans, met en scène deux temporalités du pouvoir radicalement divergentes.
Diallo représente l’expérience longue, la consolidation administrative et la maîtrise des réseaux décisionnels.
Son autorité s’enracine dans la connaissance intime des rouages fédéraux et la capacité à négocier des compromis invisibles mais cruciaux.
Cette posture incarne une rationalité wébérienne du pouvoir. La légitimité découle de la fonction, de l’âge et du contrôle structurel.

Pour autant, cette stabilité apparente s’accompagne d’une distance inquiétante avec le terrain et ses acteurs.


Le football, dans la vision de Diallo, devient un objet à administrer plutôt qu’un vivant à comprendre et à développer.


La vitrine de l’équipe nationale masque les fragilités du football local. Et la centralisation excessive laisse souvent les clubs et les jeunes talents dans l’ombre.
Lors de la 63e Assemblée générale de la Fédération ivoirienne de football, le 30 juin 2025, Cissé n’a pas hésité à le rappeler avec acuité :
« Monsieur le président, quand on vous écoute, on a l’impression que vous faites un bilan d’auto-satisfaction débordante du football ivoirien. Alors que le football local regorge beaucoup de difficultés. Moi j’estime que vous êtes loin du football local au profit de l’équipe nationale. L’équipe nationale, c’est comme l’arbre qui cache la forêt. »
Cette interpellation n’était pas une simple critique. Mais un révélateur d’un déséquilibre structurel entre discours et réalité, entre administration et expérience.

Cissé, quarante-huit ans, ancien international et dirigeant formé dans les clubs européens. Tels que AS Monaco, OGC Nice et Girondins de Bordeaux, incarne l’autorité de l’expérience incarnée.


Il possède la mémoire du jeu, la connaissance des cycles de formation. Et la compréhension des dynamiques invisibles qui structurent la performance.


Sa légitimité provient moins du fauteuil présidentiel que de sa capacité à dialoguer avec les acteurs du terrain, à anticiper les évolutions tactiques et à intégrer les standards internationaux dans le contexte local.

Anthropologiquement, ce duel met en lumière la tension entre deux modèles civilisationnels du pouvoir sportif.
Diallo correspond à un modèle ancien : la continuité, l’âge et le réseau comme sources de légitimité.
Cissé, lui, représente la génération de la plasticité, de l’adaptabilité et de l’expérience vécue, capable de relier le microcosme des clubs au macrocosme institutionnel.
Cette tension traduit un clivage générationnel et symbolique : la préservation des acquis face à la nécessité de transformation, l’administration sécurisée face à l’intelligence du terrain.

Sociologiquement, le football ivoirien est un fait social total.


Il concentre aspirations populaires, ambitions économiques et projections identitaires.


Le choix fédéral ne sera pas simplement celui d’un individu, mais celui d’un modèle : conservateur ou moderniste, administratif ou technique, vertical ou organique.
Dans ce contexte, l’expérience transversale de Cissé apparaît comme un atout stratégique, une capacité à lire le système dans sa globalité tout en restant connecté à ses acteurs.

Septembre ne sera donc pas un simple scrutin.
Il sera l’épreuve de la légitimité incarnée face à la légitimité fonctionnelle.
Dans un environnement où l’immobilisme bureaucratique risque de transformer la stabilité en inertie, la flexibilité et l’intelligence du terrain deviennent vitales.
Et dans cette dialectique, Cissé semble disposer de la vision nécessaire pour conjuguer exigence technique, modernité et ancrage populaire. Tout en offrant une perspective de renouvellement stratégique que le seul contrôle administratif peine à produire.

ALEX KIPRE

photo:dr

POUVOIRS MAGAZINE

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