« Un vieux qui n’a rien, c’est vilain » : la pub de Nsia méprise les anciens

3 semaines

Ce slogan est plus qu’une phrase. C’est un verdict. Il dit que celui qui a travaillé toute sa vie mais ne possède rien ne mérite ni respect ni considération.

Que l’expérience ne pèse rien face à l’argent. Il dit que la mémoire n’a plus de valeur. En laissant prospérer une telle idée, nous ne faisons pas qu’insulter nos anciens : nous amputons notre propre avenir.

Abidjan découvre ces jours-ci une pancarte et des panneaux lumineux qui insultent la mémoire, la dignité et l’existence même des anciens : « Un vieux qui n’a rien, c’est vilain. » On pourrait penser à une maladresse. Il n’en est rien. C’est une offensive consciente, délibérée et cruelle contre ceux qui ont bâti le pays. Une attaque en règle contre ceux qui ont guidé les générations et porté la société sur leurs épaules fatiguées mais fières.

Le « pouvoir gris », cette sagesse incarnée en Afrique par les anciens, est ici piétiné. Amadou Hampaté Bâ ne cesse de le rappeler : « Quand un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle. » Or aujourd’hui, on ne brûle plus seulement les bibliothèques. On humilie publiquement les bibliothécaires. On réduit l’expérience, le temps et la mémoire à une question de possessions visibles et de richesse matérielle.

Cette publicité est un acte de violence symbolique. Elle dit aux jeunes : « Méprisez vos aînés, ne respectez que l’argent et le paraître. » Elle enseigne que le mérite se mesure en biens matériels et que la sagesse n’a aucune valeur économique.  dénie l’histoire, elle ampute la mémoire et elle fragilise l’avenir.

Car un peuple qui oublie ses anciens oublie son identité, son ciment moral, sa colonne vertébrale.

Les anciens ont élevé des enfants, parfois ceux d’autres familles, souvent sans moyens. Souvent encore dans des villes éloignées, dans des villages où il n’y avait ni école moderne, ni sécurité, ni infrastructures. Ils ont travaillé, enseigné, guidé et sacrifié leurs forces pour la communauté. Et voilà qu’aujourd’hui, on leur jette la pierre, comme si leur expérience, leur dévouement et leur mémoire n’étaient rien.

Être vieux n’est pas un handicap, c’est un privilège. Henri Konan Bédié à qui les jeunes du Pdci ont du mal à succéder l’affirmait : « Être vieux, c’est avoir le privilège de l’âge. » Mais la publicité de Nsia, avec son français boiteux, alambiqué dans une peu heureuse tentative de rime dénie ce privilège. La pensée de Nsia réduite à la cupidité, dénie ce privilège, le rabaissant à une humiliation publique et collective.

Cette attaque est aussi révélatrice d’une Côte d’Ivoire malade. Dans un pays où les assurances refusent de protéger les retraités, où la protection sociale est dérisoire, cette publicité amplifie la vulnérabilité des anciens. Ceux qui ont été enseignants, sportifs, bâtisseurs de villages ou piliers de communautés sont traités comme des inutiles, comme des déchets.

C’est un message clair : vous êtes dépassés, vous êtes obsolètes, vous n’avez de valeur que si vous possédez. Pas si vous êtes.

Je veux réagir avec force.

La gérontocratie n’est pas un archaïsme. Elle est le fondement moral de toute société digne de ce nom. Les anciens incarnent la mémoire, la sagesse et la transmission. Mépriser les anciens, c’est éroder le lien social, corrompre la jeunesse et condamner l’avenir à l’amnésie.

À tous les communicants, responsables et citoyens : la dignité des anciens est non négociable. Leur expérience, leur rôle et leur valeur humaine dépassent toutes les considérations mercantiles et publicitaires. Tout slogan qui humilie, dénigre ou méprise un ancien n’est pas une publicité, c’est une offense à la société.

Nous devons réaffirmer haut et fort : les anciens ont bâti la nation. Ils ont transmis valeurs, traditions, histoire et mémoire. Les attaquer, c’est attaquer la patrie elle-même. Toute société qui ignore ou méprise ses anciens est une société qui trahit son passé et fragilise son avenir.

Cette publicité honteuse doit devenir le signal d’alarme. ELLE DOIT ETRE RETIREE PAR NSIA.  Les institutions, les médias, les entreprises et les citoyens doivent protéger les anciens, valoriser leur expérience et honorer leur mémoire. Car un peuple qui méprise ses anciens est un peuple sans boussole, sans repères et sans âme.

Et surtout, rappelons-le : la vieillesse n’est pas un déchet, la mémoire n’est pas négociable, la sagesse n’a pas de prix et l’expérience mérite respect et célébration.

ALEX KIPRE

photo:dr

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