En révélant Christ Oulai Inao, issu directement du projet C’Jeunes, Jean-Marc Guillou n’a pas seulement sorti un bon joueur, il a rappelé une vérité dérangeante.
Les gestes d’Inao, sa lecture du jeu, son intelligence positionnelle et sa maîtrise technique évoquent immédiatement Junior, Péhé Joss, Pacheco, ces milieux raffinés façonnés par Guillou. Rien de mécanique, rien de brouillon. Du football pensé, maîtrisé, élégant.
C’est précisément dans le cadre du programme C’Jeunes, initié par JMG Football en partenariat avec la Fédération Ivoirienne de Football (FIF), que Christ Oulai Inao a été détecté, encadré, puis orienté vers une formation d’excellence. Ce détail n’en est pas un : il prouve que le vivier existe localement, à condition d’être structuré et correctement exploité.
La différence de philosophie est flagrante. Les milieux formés par Guillou n’ont rien à voir ceux produit par l’Académie Mimosifcom, de l’après Guillou et gérée uniquement par Roger Ouégnin. Là où certains fabriquent des coureurs, « wourou wourou », Guillou façonne des cerveaux. Là où d’autres empilent les muscles, lui développe la compréhension du jeu.
Il faut le dire sans détour : Jean-Marc Guillou est la voie à suivre. Il est le père de l’académie moderne en Côte d’Ivoire, en Afrique et le monde entier le reconnait.
Celui qui a introduit une formation basée sur la technique, l’intelligence et la responsabilité individuelle.
Le projet C’Jeunes s’inscrit dans cette vision du temps long : huit années minimum, 800 enfants par commune, et un taux de projection de 65 % de carrières professionnelles, à des niveaux divers mais réels.
Le cas Christ Oulai Inao est implacable. Détecté dans le projet C’Jeunes, puis façonné selon la méthodologie Guillou, il a mis 8 années pour atteindre un niveau que d’autres n’ont jamais réellement touché, malgré des parcours estampillés européens. Sur les pelouses marocaines lors de la CAN 2026, Inao n’a pas seulement brillé : il a dominé.
A ses côtés Wilfried Zaha, formé en Angleterre Guéla Doué, issu du centre réputé de Rennes, affichait des qualités athlétiques évidentes. Deux profils typiques d’une formation européenne efficace physiquement, mais souvent déconnectée des exigences africaines du jeu international. Inao, lui, a rappelé l’Académie originelle. La différence sautait aux yeux.
Mais l’enjeu dépasse le terrain. En cas de transfert, la valeur marchande d’Inao reviendra à JMG Djékanou, club basé en Côte d’Ivoire. Autrement dit, l’investissement local produit un retour local. À l’inverse, chaque Zaha ou Doué formé à l’étranger enrichit d’abord des clubs européens, laissant au football ivoirien la gloire sportive, sans contrepartie économique réelle.
La conclusion s’impose, froide et rationnelle. La formation locale, version Guillou, est souveraine, rentable et stratégique. Elle protège l’intérêt national, développe un football identitaire et sécurise l’avenir économique du secteur. Tout le reste — fascination pour l’Europe, dépendance aux binationaux, culte du centre étranger — n’est qu’une vision paresseuse.
DESIRE THEA
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE
