Pour la Cie Debass, la prestation aux Soirées Chorégraphiques d’Abidjan (SOCA), le vendredi passé à l’Institut Français, représentait un challenge.
Celui de rejouer une deuxième fois dans des conditions professionnelles sa pièce Kômian Bonou.
Le chorégraphie Yao Alfred Kouassi, Kômian Bonou rend hommage au patrimoine national. A travers la réinterprétation d’un ballet rituel ancestral du peuple Akan. Dans la société Akan, la Kômian est une prêtresse médiumnique dotée de dons de voyance. Au sein de son groupe, sa mission est de veiller à la sécurité spirituelle de la communauté. Gardienne de la tradition et trait d’union entre l’univers physique et le métaphysique, la Kômian exerce son autorité spirituelle à travers un ballet rituel, une danse sacrée.
Vêtue de blanc, enduite de kaolin, pieds nus et accompagnée de tam-tams, la prêtresse entre en transe. Elle exécute des mouvements répétitifs et tourbillonnants, ponctués d’une scansion orale de propos divinatoires. Dans sa prestance, la Kômian entraîne les spectateurs dans une introspection destinée à purifier le mal. Et aussi à invoquer les mânes des ancêtres pour protéger le peuple contre les mauvais sorts.
Sur la scène de l’Institut Français, les jeunes danseuses de Debass, étaient parées dans un festival visuel polychrome. Du blanc et du rouge et munies de leurs tambours, elles ont fidèlement interprété cette danse sacrée du répertoire culturel ivoirien. Elles ont maîtrisé les codes et le rythme battant des tambours qui accompagnent la transe. Avec leurs cris « liturgiques » propres à cet office ancestral.
La jeunesse des interprètes — dont l’âge varie entre 10 et 15 ans — confère une pureté et une franchise agréable à ce spectacle.
À ces enfants livrant une interprétation scolaire du ballet, on ne demandera pas la saisissante aura spirituelle et magnétique des véritables Kômian. Mais le fait de jouer ce ballet avec un esprit volontaire, rattaché à la connaissance de cette culture, est de bon augure pour ces préadolescents et adolescents. Une action remarquable à souligner, qui doit beaucoup à la directrice et fondatrice, Mme Tiémoko Loua Lou Bertine. De même qu’à son administrateur, Yalamissa Coulibaly, pour la formation et l’éducation culturelle qu’ils offrent aux enfants de la troupe basée à Abobo Habitat.
La danse patrimoniale dite traditionnelle éduque et transmet des valeurs. Voir les générations la perpétuer est une entreprise hautement louable et salutaire. Ce qu’il faut retenir de cette danse manifeste de la Cie Debass, c’est l’engagement qu’elle exprime en faveur de la sauvegarde de ce patrimoine. Hélas, la danse Kômian, avec ses prêtresses, est en voie de disparition dans nos sociétés traditionnelles. En raison de la montée des églises évangéliques qui incitent leurs fidèles à considérer ces pratiques comme satanisme. Entraînant un éloignement de ce patrimoine ancestral, symbole d’une authenticité qui se disloque.
Aaron Leslie
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE
