Disparue sans laisser de trace à Bingerville, Alexandra M’Badama a été retrouvée morte dix jours plus tard à Grand-Bassam.
Une enquête glaçante s’ouvre, tandis que les soupçons se resserrent autour de son propre père, aujourd’hui en fuite.
Tout commence par une absence. Un matin ordinaire de décembre, Alexandra M’Badama, 28 ans, ne se présente pas à son travail. Pour ses collègues, l’inquiétude est immédiate : ce silence ne lui ressemble pas. Alexandra est ponctuelle, rigoureuse, prévisible. Ce jour-là, quelque chose a déraillé.
Nous sommes le 15 décembre 2025, à Feh Kessé, dans la commune de Bingerville. Pendant que l’entourage pense encore à un empêchement banal, une mécanique implacable se met en route. Les heures passent. Puis les jours. Alexandra ne donne aucun signe de vie.
Très vite, la famille et les amies s’organisent. Les recherches s’étendent à Abidjan et à ses environs. On suit chaque information, explore chaque piste, souvent pour rien. L’espoir se heurte à la fatigue, l’angoisse gagne du terrain. Une ancienne inquiétude refait surface : des années plus tôt, après son baccalauréat, Alexandra avait déjà disparu brièvement. À l’époque, elle avait été retrouvée vivante.
Cette fois, l’attente est plus longue. Et plus lourde.
Au cœur de cette période trouble, le père d’Alexandra, Ahmed Soumahoro, multiplie les déclarations confuses. Il affirme que le téléphone de sa fille aurait été localisé à Gagnoa. Une information qui, plus tard, apparaîtra comme une fausse piste. Une de plus dans un puzzle déjà déroutant.
Puis vient le basculement.
Plus de dix jours après la disparition, le corps d’Alexandra est découvert dans les eaux de Grand-Bassam. L’espoir s’effondre brutalement. Les constats sont glaçants : le corps porte des marques de coups de machette. La violence est indiscutable. La mort, certaine.
Très vite, des témoignages accablants émergent. Selon des sources relayées sur les réseaux sociaux, Ahmed Soumahoro aurait abusé de sa fille pendant une longue période. Elle aurait refusé de continuer. Le mobile présumé serait là. Une employée de maison aurait confirmé aux enquêteurs son implication directe. Entre-temps, le père aurait pris la fuite, se trouvant en France, dans la zone Lille–Roubaix, selon le tiktokeur Jhon Micky.
Autour d’Alexandra, la douleur se transforme en colère. Ses amies parlent d’une jeune femme engagée pour les droits des femmes, solidaire, attentive aux autres. Une voix qui dérangeait peut-être. Une vie fauchée avec une brutalité insoutenable.
Aujourd’hui, une seule exigence demeure : la vérité.
FATEM CAMARA
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE
