« Voilà », le mot béquille de tous les footballeurs francophones

2 semaines

Dans le football, « voilà » n’est pas un tic de langage, mais une passe verbale essentielle, héritée du jeu, du vestiaire et du collectif.

Chez les footballeurs francophones, connus pour utiliser des monosyllabes, « voilà » revient toujours. Amusez vous à compter les voilà des footballeurs. Ils sortent toutes les 20 secondes.
« Voilà » surgit en conférence de presse, en interview d’après-match, au détour d’une phrase pourtant maîtrisée.

Qu’ils soient nés en France, en Belgique, ou formés en Afrique francophone, le constat reste identique et troublant.
Aucun ne s’en débarrasse vraiment, quel que soit son niveau d’études ou son prestige international.

De Mbappé à Zidane, de Yaya Touré à Kader Keïta, de Guéla Doué à tant d’autres, tous s’adossent à « voilà ».
Le mot devient un point d’appui, presque un réflexe corporel plus qu’intellectuel.

Ou même chez des présidents comme Cissé Souleymane, responsables de club comme Né Marco. Des coach comme Charlton Tiémélé.

Des managers comme Aruna Dindané.

Footballistiquement, « voilà » est une passe simple.
Une remise courte, sans risque, qui permet de reprendre son souffle et de garder la possession de la parole.

Sur le terrain, un joueur ne cherche pas toujours la passe géniale.
Il joue juste, il sécurise, il assure la continuité du jeu collectif.

« Voilà » fonctionne exactement de la même manière dans le discours.
Il clôt une action verbale, stabilise la phrase, évite la perte de balle médiatique.

Le footballeur est formé à agir, pas à théoriser.


Son langage épouse donc la logique du jeu : efficacité, rythme, enchaînement.

Dans un vestiaire, on ne fait pas de longues démonstrations oratoires.
On donne des consignes courtes, on valide, on conclut : voilà.

« Voilà » sert à dire : j’ai fait le travail, j’ai expliqué l’essentiel, passons à la suite.
C’est un signe de pragmatisme plus que de pauvreté linguistique.

Ce mot est aussi un héritage de la formation collective.
Le football apprend à se fondre dans un groupe, pas à briller seul par la parole.

Dire « voilà », c’est refuser l’excès d’ego discursif.
C’est rester dans une posture d’équipe, même face aux micros.

Enfin, « voilà » est universel, comme une passe en retrait bien sentie.
Il traverse les frontières, les championnats, les générations.

Ce n’est pas un vide du langage, mais un langage du jeu.
Dans la bouche des footballeurs, « voilà » signifie simplement : mission accomplie.

ALEX KIPRE

photo:dr

POUVOIRS MAGAZINE

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