La Côte d’Ivoire face à elle-même

4 semaines

Le chemin le plus court d’un cœur à un autre est la sincérité. En Côte d’Ivoire, ce chemin demeure rarement emprunté.


On préfère l’esquive au courage, le bruit au fait, la posture au réel. Pourtant, un pays ne se parle véritablement que lorsqu’il accepte la loyauté des faits, même lorsqu’ils dérangent.

Plus une parole descend vers l’intime, plus elle touche le collectif. Ce qui vaut pour l’individu vaut aussi pour la nation. La Côte d’Ivoire s’est longtemps racontée en surface, se protégeant derrière des slogans, des récits héroïques, des promesses toujours recommencées. Or on ne se donne pas des principes plus grands que son caractère. Un État non plus.

Depuis des années, quelque chose se disloque patiemment. La vie publique se complique, les colères s’accumulent, la peur se déplace sans disparaître. On redoute l’effondrement tout en en pressentant la possibilité. Alors on maquille la tragédie sous des discours rassurants, on recouvre les blessures de formules, on confond résilience et déni.

Mais un pays, comme un être, perd des plumes lorsqu’il parle vrai.

Écrire son histoire exige d’y mettre ce que l’on est réellement, non ce que l’on aimerait paraître. Il ne s’agit pas de consoler la nation, encore moins de l’absoudre. Il s’agit de respecter l’originalité de sa souffrance, d’admettre que tout ce qui est tu finit par tuer.

Faire face à soi-même altère. S’explorer, c’est renoncer au confort de l’innocence. Ce n’est pas parce que des figures ont disparu qu’il faut renoncer à comprendre leur héritage, ni à interroger ce qu’il est devenu entre nos mains.

La vraie question demeure alors entière : faut-il continuer d’accompagner la démence tranquille d’un pays qui refuse de se regarder en face, ou choisir enfin la lucidité, même coûteuse, comme premier acte de salut collectif ?

ALEX KIPRE

photo:dr

POUVOIRS MAGAZINE

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