Après une expérience marquante au Congo, le saxophoniste Isaac Kemo poursuit à N’Djamena une œuvre de transmission musicale et humaine.
À l’initiative de l’Institut français, il forme de jeunes musiciens tchadiens. Convaincu que la musique demeure l’un des langages universels les plus puissants de notre temps.
À N’Djamena, le saxophone d’Isaac Kemo ne se contente pas de produire des notes. Il ouvre des chemins. Pour l’artiste, la musique est avant tout une langue universelle, capable de transcender les frontières, les générations et les cultures. Une conviction éprouvée lors de sa première expérience de formation au Congo. Il y a mesuré combien la musique pouvait rassembler, révéler et structurer les talents au-delà des différences.
Cette immersion congolaise a laissé une empreinte durable. Tant humaine que musicale. Isaac Kemo y a découvert une jeunesse animée par les mêmes élans fondamentaux que partout ailleurs en Afrique. Rêves, ambitions, soif de reconnaissance et quête d’expression identitaire. Pour lui, la question générationnelle dépasse les territoires. Les jeunes artistes partagent une même urgence. Ne pas rater leur époque, saisir les perspectives et les opportunités qu’elle offre, et transformer leur environnement par la création.

Au Tchad, le saxophoniste observe cependant des singularités fortes. Les contextes diffèrent, les parcours aussi, mais l’essentiel demeure. Chaque musicien est façonné par son environnement immédiat, social, culturel et émotionnel. C’est à partir de cette réalité qu’Isaac Kemo construit son enseignement. Invitant les jeunes à réfléchir à leur rôle dans l’édification de leur espace humain, artistique et collectif.
Sa pédagogie repose sur une double exigence : théorique et pratique. Il ne s’agit pas seulement d’apprendre à jouer, mais d’identifier les moyens adaptés à chaque apprenant. Quels que soient son niveau ou son accès préalable à une formation académique. La musique devient alors un échange permanent, une pratique d’émission et de réception où le juste ton compte autant que l’écoute de l’autre.
Sans jamais « fracturer l’ouïe », comme il le dit avec humour.
Musicalement, Isaac Kemo revendique un goût assumé pour les métissages. Il évoque le gournan comme un savant mélange de valse et de mazurka, un swing élégant qui illustre parfaitement sa vision. Une musique vivante, enracinée et ouverte. Pour lui, jouer et enseigner le saxophone, c’est pratiquer une forme d’alchimie. Capable de rassembler les charmes, les rythmes et les mémoires de l’environnement africain.
À N’Djamena, cette résidence de formation prend ainsi des allures de laboratoire culturel. Grâce au partenariat avec l’Institut français, Isaac Kemo transmet bien plus qu’un savoir musical. Il partage une philosophie, celle d’une musique au service de l’identité, du lien social et de la liberté d’expression. Une musique qui souffle juste, pour aujourd’hui et pour demain.
AK
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE
