Abdal’Art rend hommage à Brigitte Guiraté

1 semaine

Poète, romancier, Secrétaire général de l’Association des Écrivains de Côte d’Ivoire, il rend hommage à Brigitte Guirate, journaliste engagée, amie des mots et des vérités.

Brigitte

Lourd le vide dans nos pas qui reprennent la route sans toi. La route de cette vie qui finit par s’arrêter en si bon chemin.

Nul lundi n’advient en ce jour sans nom que l’absence majuscule a vidé de toute nomination. Car tu n’es plus là, toi qui dans l’agenda plantais l’ordre premier de la semaine. Et nous voici achronognostiques, emportés dans un tourbillon sans nom.

Il me souvient, Sassandra, tu tenais ces livres jamais ouverts. Et la beauté gisait là dans ce geste inachevé, car tu savais que présider c’est tenir la porte. Et s’abolir derrière l’entrée de ceux qui passent, et nous passions en ta voix qui déjà cessait de s’écrire.

Le livre que tu tenais sans l’écrire reste ouvert sur la page blanche de ta parole. Et nous lisons ce qui manque, nous lisons l’absence comme une écriture nouvelle. Et nos yeux se ferment sur le vide que tu as laissé et qui ne se remplit pas.

Présidente,
ainsi te tenions-nous par la lumière de ce vocable qui brillait depuis si peu comme une étoile tardive, à peine apparue, déjà éteinte.

Août éclairait octobre sur Bassa, et les villageois riaient dans ton départ à venir que personne ne voyait venir ; les débats littéraires parlaient sans se le dire de ton silence futur, comme les oiseaux tournent autour d’un arbre mort debout, et Niegga, perché entre mer et lagune, gardait la fraîcheur de tes pas qui ne reviendraient plus marcher sur ses chemins de sable.

Ce vingt-neuf novembre, ce n’est pas toi que nous avons donné à la terre, c’est un corps que tu avais emprunté, et ce savoir venu boire nos larmes trébuche et balbutie devant la crue d’émotions qui nous emporte.

Maintenant, nous dessinons un cercle d’absence autour de ton absence ; nous portons ton vide comme on porte un enfant trop lourd, et nos bouches sont pleines de mots trempés qui ont froid et tournent en rond, et nous avançons avec ce trou dans nos rangs qui a pris la forme de ta silhouette et qui marche avec nous, blessure debout.

ABDAL’ART

photo:dr

POUVOIRS MAGAZINE

OPINIONS

DU MEME SUJET

7 septembre: Charles Koffi Diby : un bâtisseur discret, un serviteur d’État célébré à titre posthume

À l’occasion de ce 7 septembre 2025, jour où il aurait eu

29 août: Pensée pour Léon Konan Koffi

En ce 29 août, la Côte d’Ivoire se souvient d’un homme d’État