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En ce premier décembre, date précieuse entre toutes, nous célébrons la mémoire de Lance Touré qui aurait aujourd’hui atteint l’âge de soixante-dix ans, comme un soleil levant que rien ne parvient à éteindre.

Son absence demeure inexplicable, mais sa présence, elle, continue de traverser nos gestes, nos regards et nos souvenirs. Avec cette intensité douce qui caractérisait l’homme qu’il était.

Nous honorons le jeune Lanciné, l’élève de Bouaké qui, bien avant de devenir l’acteur que tout un pays chérissait, gardait en lui une flamme tenace. Il économisait l’argent de son petit déjeuner pour s’offrir le droit d’approcher le théâtre. Comme on approche un rêve qui ne demande qu’à éclore. Ce geste, simple et courageux, contient déjà toute sa destinée. Le besoin impérieux de vivre par l’art, avec l’art, pour l’art.

Nous saluons aussi l’homme de scène, celui qui a traversé les planches avec la conviction des êtres habités. Et dont chaque rôle semblait être une conversation secrète avec la vérité humaine. Son passage dans les pièces fondatrices, ses pas sûrs dans les troupes d’Abidjan, son souffle dans « Qu’en dis-tu ? »… Témoignaient déjà de cette capacité rare à donner aux mots une densité nouvelle.

Et puis vint l’écran, la lumière des studios, la force de ses personnages.

Parmi lesquels Serapo, devenu un compagnon de mémoire pour des milliers de familles. Ses interprétations avaient cette manière unique de se déposer dans les foyers, de suspendre un instant les inquiétudes quotidiennes. Pour rappeler que le talent, lorsqu’il est authentique, devient un refuge pour tous.

Nous n’oublions pas non plus l’homme discret, le père, le croyant, l’ami fidèle. Celui qui offrait sa disponibilité avec humilité et qui travaillait sans relâche, porté par une discipline invisible et une bonté tranquille. Il avançait sans bruit. Mais laissait derrière lui une empreinte que rien ne pourra effacer : celle d’un artiste profondément humain.

Aujourd’hui, en célébrant ce soixante-dixième anniversaire qui n’a pu se vivre, nous ne ravivons pas seulement le souvenir de Lance Touré. Nous prolongeons sa lumière. Nous marchons encore dans le sillage de son énergie, de son rire, de sa rigueur, de son immense délicatesse artistique. Son œuvre reste parmi nous comme un livre ouvert, où chaque souvenir est une page qui refuse de se refermer.

Et tandis que ce premier décembre se lève doucement, nous offrons à sa mémoire le silence respectueux que l’on réserve aux hommes qui ont su éclairer leur époque. Il demeure, au-delà du départ, une présence calme, un souffle familier, un phare pour tous ceux qui continueront de croire que le talent, la volonté et la passion peuvent, ensemble, déplacer la nuit.

HARON LESLIE

photo:dr

POUVOIRS MAGAZINE

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