La garde à vue du député Bredoumy Soumaïla, décidée malgré son immunité parlementaire, a fait voler en éclats les certitudes et réveillé les soupçons les plus lourds.
Entre accusations vertigineuses, procédure contestée et manœuvres présumées au sommet de l’État, cette arrestation ouvre une zone d’ombre que beaucoup redoutaient… et que personne n’osait encore dévoiler.
La journée devait être une simple convocation. Elle s’est transformée en une affaire d’État. Le député Bredoumy Soumaïla Kouassi Traoré, figure encombrante du paysage politique ivoirien, a été maintenu en garde à vue à la Préfecture de Police à l’issue d’une audition qui aura duré plusieurs heures. Une décision qui survient dans un climat électrique, alors que ses avocats dénoncent une violation flagrante de la Constitution.
Une garde à vue qui fait exploser le débat
Dès son arrivée dans les locaux de la Préfecture, le député savait qu’il était dans le viseur des autorités. Ce qu’il ignorait – ou feignait d’ignorer – c’est que son statut de parlementaire ne pèserait guère face aux soupçons portés contre lui.
À la sortie, le verdict tombe : garde à vue prolongée.
Pour la défense, c’est un coup de force.
« Aucun flagrant délit n’a été constaté », martèle Me Jean-Chrysostome Blessy, rappelant que seule cette condition permet, selon la Constitution, une détention sans levée préalable de l’immunité parlementaire.
Une liste d’accusations interminable
Les chefs d’inculpation lus à voix haute par Me Blessy ont frappé comme un coup de tonnerre. À mesure qu’il énumérait les infractions, les journalistes présents échangeaient regards et exclamations silencieuses. La liste a tout d’un inventaire judiciaire oppressant :
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acte terroriste
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incitation à l’insurrection
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incitation à la haine et à la xénophobie
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vol
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incendie volontaire de biens publics et privés
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complot contre l’autorité de l’État
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atteinte à la sûreté de l’État
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incitation à la révolte
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incitation au meurtre
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dénonciation calomnieuse
« C’est quasiment l’ensemble du Code pénal qu’on lui applique », a résumé l’avocat, visiblement abasourdi par l’ampleur des accusations.
Le rappel du droit
Pour Me Blessy, la situation dépasse largement le cas personnel du député.
« On peut aimer Bredoumy, on peut ne pas l’aimer, mais il demeure un élu de la République », affirme-t-il.
Il insiste : tant que l’Assemblée nationale n’a pas levé son immunité, aucune force de police ne peut légalement le garder à vue, sauf en cas de flagrant délit, inexistant selon lui.
La défense affirme avoir proposé une issue simple : laisser le député regagner son domicile, rester à disposition de la justice et engager la procédure parlementaire prévue.
Une proposition… ignorée.
Un combat politique en arrière-plan
L’affaire ne se déroule pas dans le vide. Bredoumy Soumaïla est l’une des voix les plus virulentes contre le pouvoir, notamment depuis les controverses internes au parti liées à l’exil parisien de Tidjane Thiam — un épisode que certains militants imputent à ceux qui auraient « laissé Thiam seul en France ».
Ce contexte contribue à alimenter les soupçons d’une opération politique visant à neutraliser un adversaire gênant.
Un compte à rebours judiciaire
La garde à vue, en Côte d’Ivoire, est strictement encadrée : 48 heures, prolongées éventuellement jusqu’à 72 heures dans des conditions précises. Les avocats attendent que la justice « dise le droit, seulement le droit », et dénoncent une dérive inquiétante.
« La liberté n’est protégée que lorsqu’on respecte scrupuleusement la loi », rappelle Me Blessy, qui voit dans cette affaire un test de solidité pour les institutions.
Un dossier qui secoue le pays
Sur les plateaux télé, dans les couloirs de l’Assemblée nationale, dans les cafés d’Abidjan comme sur les réseaux sociaux, le débat enfle.
Est-ce une procédure légitime face à des accusations graves ?
Ou une manœuvre politique sous couvert de justice ?
Les prochaines heures seront décisives. Non seulement pour le député Bredoumy Soumaïla, mais pour la crédibilité du cadre constitutionnel ivoirien, aujourd’hui mis à rude épreuve.
ETHAN GNOGBO
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE
