Gracié après un an de prison en Algérie, Boualem Sansal a accordé sa première interview à France 2. L’écrivain évoque sa libération, ses craintes persistantes et son appel réaffirmé à la réconciliation entre Alger et Paris.
Libéré le 12 novembre après un an d’incarcération, Boualem Sansal a décrit un retour à la liberté encore hésitant.
L’écrivain dit réapprendre la vie quotidienne, retrouvant sensations et repères, tout en affirmant être en bonne santé après des soins efficaces.
Il reconnaît peser chacun de ses mots. Jugeant le climat diplomatique entre la France et l’Algérie trop sensible pour une parole spontanée.
Sansal a tenu à rappeler la situation de Christophe Gleizes, journaliste français détenu en Algérie. Ainsi que celle d’autres prisonniers politiques.
Il confie redouter des représailles visant sa famille ou ses anciens codétenus, qu’il craint de voir interrogés après sa prise de parole publique.
L’auteur décrit des conditions de détention éprouvantes, avec l’épuisement physique et l’impression quotidienne d’un temps interminablement ralenti.
Il revient sur son arrestation en 2024. Racontant avoir été cagoulé dès l’aéroport puis maintenu plusieurs jours sans information claire.
Sansal dit avoir appris sa libération seulement la veille.
Il affirme n’avoir jamais attaqué l’Algérie elle-même. Répétant critiquer un régime plutôt qu’un peuple auquel il reste profondément attaché.
L’écrivain estime que son emprisonnement découle principalement de la position française sur le Sahara occidental. Et de certaines de ses amitiés diplomatiques.
Il a redit soutenir une réconciliation durable entre la France et l’Algérie. Regrettant un discours politique encore imprégné de mémoires guerrières.
La crise entre Paris et Alger s’est aggravée depuis le soutien affiché d’Emmanuel Macron au projet marocain d’autonomie au Sahara occidental.
On ne sort jamais indemne de la prison
Sansal évoque son amitié avec Bruno Retailleau. Tout en reconnaissant que les positions tranchées de ce dernier ont pu compliquer sa situation.
Il a été gracié par le président Abdelmadjid Tebboune à la suite d’une intervention allemande, avant d’être transféré à Berlin puis accueilli à Paris.
L’affaire avait accentué les tensions diplomatiques, déjà nourries par sa condamnation à cinq ans pour des propos tenus en octobre 2024.
Figure respectée des lettres nord-africaines, Sansal reste l’un des critiques les plus constants du pouvoir algérien et des mouvements islamistes.
Son incarcération a nourri une querelle déjà vive, amplifiée après la reconnaissance par la France de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental.
FATEM CAMARA
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE
