Beauté, argent et servitude : Olivia Yacé et le scandale silencieux du Sud

2 semaines

Au moment même où la Première Dame de Côte d’Ivoire rend hommage à Olivia Yacé, celle-ci — ainsi que le COMICI — se retirent de Miss Universe.

Un geste qui expose les logiques raciales, économiques et symboliques d’un système où les pays du Sud brillent dans des vitrines mondialisées. Sans jamais peser dans les centres de pouvoir.

À cette crise s’ajoute une critique littéraire. Ancienne certes mais en lien avec l’actuelle. Celle de Tiburce Koffi, Grand Prix Bernard Dadié, qui dénonçait déjà l’indécence des sommes versées aux concours de beauté quand la création intellectuelle demeure négligée.

Même l’ex-footballeur Claude Makélélé l’ex joueur de Chelsea, convié comme juré à Miss Univers, s’est retiré. Après avoir découvert qu’on l’utilisait surtout comme vitrine. Tout un ensemble de signaux qui assombrissent ce qui aurait dû être une simple célébration.

Olivia Yacé, auréolée de gloire et de promesses symboliques, dopée de bains de foule a tourné le dos à l’institution Miss Universe Afrique et Océanie. Et le COMICI l’a suivie ou vice versa. Un retrait qui ne se lit pas comme une simple déception. Mais comme un acte politique involontaire, une protestation adressée aux logiques de spectacle, de représentation et de hiérarchie qu’impose un système. Système international patriarcal et postcolonial.

La Côte d’Ivoire applaudit sa reine. Sa reine quitte la scène.
C’est tout le paradoxe : le pays glorifie ce qui devrait émanciper, mais la structure elle-même enferme, neutralise et détourne ce capital symbolique.

La vitrine africaine : un spectacle doré pour le Nord

Regardons la réalité en face : les pays du Sud, la Côte d’Ivoire donc brillent… là où on les autorise à briller.
Concours de beauté, podiums internationaux, cérémonies télévisées avec Drogba : autant d’arènes où l’Afrique est célébrée, admirée, encensée… mais jamais écoutée, jamais décisionnaire.

Là où la puissance économique, industrielle et technologique est détenue par le Nord, le Sud se contente de la beauté, du spectacle, du sourire et de l’élégance.
On applaudit ce que les femmes, les artistes et les sportifs africains peuvent montrer, mais pas ce qu’ils peuvent penser ni créer.

C’est exactement ce que dénonçait Tiburce Koffi, Grand Prix Bernard Dadié, lorsqu’il refusa le million qui accompagnait son prix littéraire. Il trouvait indécent que l’argent coule pour des filles « simplement parce qu’elles ont de belles poitrines ou de belles fesses ». Alors même que la pensée et la créativité sont ignorées, dévalorisées, ignorées.
Koffi avait déjà vu le scandale : la société célèbre le superficiel, nie la profondeur, glorifie le corps plutôt que l’esprit.

Makélélé, caution instrumentalisée

L’histoire se répète avec Claude Makélélé, ( ça ne compte pas mais il se trouve qu’il est Français noir de peau). Invité comme juré pour légitimer un concours africain, il découvre rapidement qu’on l’utilise comme caution médiatique. Simple façade respectée pour masquer des dysfonctionnements et une manipulation structurelle.
Il s’en va.
Il refuse de jouer le rôle que le système attendait de lui.

Le message est clair : les puissances extérieures et les institutions africaines elles-mêmes savent produire la vitrine. Mais jamais la transformation.

Le capital symbolique : une monnaie d’illusion

Le cas d’Olivia Yacé illustre ce que le capital symbolique signifie dans les pays postcoloniaux.
La gloire qui ne libère pas. Une reconnaissance qui ne transforme pas. Et une visibilité qui ne confère aucun pouvoir.

On célèbre les pays du Sud dans des rôles circonscrits : performants, beaux, dociles.
On les applaudit pour ce qu’ils montrent, mais jamais pour ce qu’ils veulent être.

Olivia Yacé refuse cette cage dorée.
Elle quitte un système où le spectacle se substitue à l’émancipation.
Elle refuse la place qu’on lui impose : décoratif, visible, mais jamais souverain.

La démission : un geste politique au féminin

Ce geste n’est pas qu’une sortie personnelle. C’est un acte politique.
Il dit à voix haute ce que beaucoup ressentent mais n’osent pas dire. La représentation africaine est capturée, instrumentalisée, réduite à l’apparat.
On applaudit, on félicite, et poste sur Facebook… mais les structures de pouvoir restent inchangées.

Olivia Yacé et le COMICI refusent de continuer à jouer ce rôle assigné.
Ils soulignent que le symbolique, lorsqu’il n’est pas accompagné de pouvoir réel, devient une prison dorée.

Ce qui brille n’est pas ce qui émancipe

Beauté, argent, reconnaissance symbolique… tout cela brille.
Mais ce n’est qu’une illusion si elle ne transforme pas la place du Sud dans le monde.

Tiburce Koffi l’avait dit.
Makélélé l’avait ressenti.
Olivia Yacé le démontre par son geste. Le Comici a qui on peut reprocher ces agissements en versions miniatures aussi.

Le message est clair : le Sud n’a plus besoin de vitrines. Il veut des places.
Il ne veut plus seulement briller pour le Nord. Et veut exister par lui-même.

Et cette fois, personne ne pourra applaudir à sa place.

ALEX KIPRE

photo:dr

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