23 novembre: Seydou Elimane Diarra, l’homme du consensus

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Il aurait eu quatre-vingt-douze ans ce 23 novembre. Seydou Elimane Diarra, figure majeure de la scène politique ivoirienne.

Il demeure l’un des symboles les plus puissants de la réconciliation et de la sagesse d’État.

Homme discret, profondément attaché à l’idée de service public, il a traversé six décennies d’histoire nationale. Sans jamais renier ses valeurs. Parrain d’Alain Donwahi, fils de son ami fidèle Charles Donwahi avec qui il partagea les heures sombres des complots de 1963. Il reste pour beaucoup une référence morale.

L’intégrité forgée dans l’épreuve

Né le 23 novembre 1933 à Katiola, Seydou Elimane Diarra grandit dans un pays en construction. Il s’oriente vers une carrière d’ingénieur agronome. Très tôt, son sens de l’État attire l’attention du président Houphouët-Boigny. Ce dernier, en même temps qu’il le nomme, n’hésitera pas à l’envoyer en prison dans la sulfureuse affaire des « complots ». Cette incarcération, qu’il partage avec Charles Donwahi, crée entre les deux hommes une fraternité indéfectible. De cette épreuve, il ressort plus déterminé encore à servir la nation.

Un diplomate façonné par le dialogue

Diarra embrasse ensuite la carrière diplomatique. Ambassadeur au Brésil dans les années 1970, il y renforce son goût pour le compromis et la diplomatie silencieuse. Après une retraite provisoire consacrée au secteur privé, où il dirige la SACO et préside la Chambre de commerce et d’industrie, il revient sur le devant de la scène à la faveur des bouleversements politiques ivoiriens.

Deux Premières ministères, deux contextes brûlants

En 1999, au lendemain du coup d’État du général Robert Guéï, il est appelé à la Primature. Il tente d’instaurer une transition apaisée, mais se heurte aux ambitions du nouveau pouvoir. Quelques années plus tard, en 2003, dans une Côte d’Ivoire fracturée par la rébellion, Laurent Gbagbo le rappelle pour conduire un gouvernement d’union nationale, conformément aux accords de Linas-Marcoussis.
Neutralité, sang-froid, sens de l’écoute : Diarra devient alors l’artisan d’un fragile consensus entre camps profondément opposés. Ses adversaires politiques eux-mêmes reconnaissent sa droiture.

Homme d’équilibre, serviteur de l’État

Il dirige ensuite la Haute Autorité pour la Bonne Gouvernance entre 2015 et 2017, plaçant son action sous le sceau de la rigueur morale. Jusqu’à ses derniers jours, il aura défendu une conviction simple : un État solide repose d’abord sur l’exemplarité de ses responsables.

Une mémoire vivante

Seydou Elimane Diarra s’est éteint le 19 juillet 2020 à Abidjan, laissant l’image d’un homme de principe, ennemi des excès, et convaincu du pouvoir réparateur du dialogue. Pour la famille Donwahi, dont il fut le parrain et l’ami fidèle, pour les acteurs politiques de toutes tendances et pour de nombreux Ivoiriens, il incarne une rare constance morale.

En ce 23 novembre où il aurait célébré ses 92 ans, le pays se souvient d’un serviteur de l’État, d’un conciliateur infatigable et d’un patriote dont la voix continue de résonner dans les moments où la nation cherche la juste voie.

MARIE GNIALET

photo:dr

POUVOIRS MAGAZINE

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