« Pour le moment, des partis politiques divers marqueraient un recul. Pourquoi ? Au Parti socialiste français, par exemple, on trouve des adhérents en Corse, en Provence, dans le Nord, en Bretagne, en Normandie.
*Chez nous actuellement, si nous nous engageons dans le multipartisme, il y aura un parti baoulé, un parti bété, etc. Nous n’en voulons pas. Nous voulons d’abord être ivoiriens. »
Le 14 octobre 1985, Félix Houphouët-Boigny pleurait toutes les larmes de son corps. Expliquant à plus de cent journalistes du monde entier ses inquiétudes. Et son échec dans la constitution d’une nation. La géopolitique qu’il avait appliquée habilement et le parti unique, censé servir de creuset. Malgré l’article 7 de la Loi fondamentale, ont fait illusion.
Et en 1990, sous son dernier mandat, la digue a sauté. Deux événements ont eu lieu pour atomiser le précaire et fragile équilibre social : le multipartisme, destiné à faire exploser le PDCI-RDA. Et la Charte du Nord, pour caporaliser les populations du septentrion.
Ainsi, si les Akan (Baoulé, Agni,…) sont largement restés fidèles à Houphouët-Boigny et à l’ancien parti unique, les Krou (Bété, Guéré, …) et les Mandé du sud (Dan, Gouro, …) ont majoritairement suivi Laurent Gbagbo et le FPI, tandis que les Gur (Sénoufo, Tagbana, …)
Et les Mandé du nord (Malinké) ont massivement reconnu Alassane Dramane Ouattara comme leur leader et adhéré au RDR.
Las des ennuis judiciaires de leur icône, les Nordistes se sont abrités derrière la rhétorique de l’exclusion et de la catégorisation des Ivoiriens, pour doter leur instrument de lutte politique d’une branche militaire, le MPCI. Ils ont braqué le pouvoir d’État avec le soutien de la France, affichant pour objectif de prendre leur revanche.
À défaut de battre le record des régimes des Sudistes (de 1960 à 2011), ils entendent l’égaler en restant 50 ans au pouvoir. Et ils ne lésinent pas sur les moyens, en opérant la mainmise sur l’administration publique et en conduisant une hégémonie politique active partout où ils se trouvent.
De ce fait, la poussière d’ethnies ivoiriennes, au lieu de s’amasser pour former une montagne, s’est, dans un instinct grégaire, dispersée en menus morceaux. Et le syndrome de la citadelle assiégée participe à agrandir les fissures.
La Côte d’Ivoire est devenue, par conséquent, une poudrière identitaire.
Il n’y a qu’à lire et voir la liste des candidats des principaux partis aux législatives du 27 décembre 2025 pour se rendre compte que le pays file du mauvais coton et pédale dans la semoule.
La division du pays en deux durant la crise militaro-politique (de septembre 2002 à avril 2011) configure désormais le paysage. Elle a même été amplifiée pour opposer deux mondes antagonistes. Le Nord prétendument musulman et le Sud soi-disant chrétien.
Et partout, c’est le spectacle sidérant dont chaque chapelle politico-religieuse tire les ficelles. La mégalopole d’Abidjan n’échappe pas à ce schisme. À l’exception de Marcory, les listes du RHDP sont constituées presque exclusivement de ressortissants du Nord. Même chose pour celles du PDCI-RDA et de ses alliés, avec leurs candidats à plus de 90 % du Sud.
La Côte d’Ivoire est en grand danger. Elle a flirté avec la sécession katangaise, dont elle a été épargnée de justesse. Et elle provoque le génocide rwandais, qui se trouve en embuscade avec les nombreux et graves conflits intercommunautaires entre les « Moutons » et les « Chiens ».
La mèche est allumée, entretenue par des pyromanes de tout acabit qui vivent et font de cette division artificielle leur fonds de commerce. Elle est en train de se consumer avant la possible grande explosion.
F. M. Bally
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE
