Y’a-t-il eu un deal politique qui explique l’attitude de continuité et le conservatisme politique de Diomaye dès son installation au pouvoir ?
Quelle est la part des sentiments d’amitié et d’estime réciproque dans cette situation ?
par Youssoupha Mbargane Guissé
Le Téra meeting, la rupture en grandeur nature
Le Téra meeting du président du Pastef, Ousmane Sonko, organisé le 8 novembre 2025, était d’une ampleur inédite par la puissante mobilisation de la jeunesse et des masses populaires de la capitale, mais aussi de tous les départements du pays, de la sous-région et même de la diaspora. Il fut une démonstration de force, l’affirmation de Sonko comme dirigeant politique incontestable de la révolution en marche.
La ferveur, les symboles, l’animation rappelaient les grands évènements religieux comme les Magals ou les rassemblements communautaires traditionnels, révélant le profond enracinement culturel du mouvement de transformation révolutionnaire. Sonko le voulait ainsi : une célébration de son mouvement, la réaffirmation de son projet politique pour le Sénégal. Pourquoi ?
Débloquer le processus révolutionnaire confisqué
Après 18 mois de gouvernance, le leader du Pastef a dressé un bilan de gestion politique. Il a constaté qu’au sein même de l’État, de sérieux obstacles empêchent l’accélération des changements, dans l’administration, la justice, la sécurité, entre autres domaines.
En effet, des réseaux de l’ancien régime demeurent actifs jusque dans la Présidence de la République et dans les institutions, et continuent d’agir pour bloquer les initiatives de rupture. De plus, certains ennemis déclarés du Pastef et de son président ont été nommés à des postes de responsabilité, en contradiction avec la doctrine affichée : « mettre les hommes qu’il faut à la place qu’il faut », selon des critères de probité, d’engagement pour le Projet et d’expertise professionnelle.
Les forces internes coordonnées par l’APR et le cabinet extérieur de l’ancien président Macky Sall travaillent à saborder la révolution par le sabotage, le discrédit, le mensonge et la manipulation. À ce combat d’arrière-garde participent également des mercenaires de la presse, des segments autoproclamés de la « société civile », des intellectuels apatrides, des courtiers affairistes et divers aventuriers. L’objectif est de bloquer les ruptures envisagées par le Pastef pour maintenir le système à tout prix.
La manœuvre vise au cœur : désintégrer le binôme Diomaye–Sonko, combinaison politique plébiscitée pour porter un programme de développement souverain et de prospérité collective à l’horizon 2050.
La stratégie de la désinformation, de la manipulation et du discrédit
La stratégie consiste à séparer deux dirigeants liés par un pacte d’amitié présenté comme indissoluble. Une communication mensongère et agressive a été déployée. On a cherché à opposer les deux figures :
— Sonko présenté comme vindicatif et brutal ;
— Diomaye décrit comme calme, intelligent, ouvert au dialogue.
Le premier serait le vengeur intraitable, le second le républicain pondéré.
Mais cette caricature visant Sonko a échoué : son modèle d’engagement, son style et sa baraka continuent de renforcer son amour populaire.
Le Téra meeting en fut une illustration éclatante.
Les tentatives d’imputer à Sonko les difficultés des ménages, ou de blanchir l’ancien régime dans la question de la dette cachée, ont également échoué.
L’accélération des procédures judiciaires contre des responsables de l’ancien régime — dont certains ont fui — a renforcé leur inquiétude. Ils ont alors dénoncé une prétendue « justice des vainqueurs » et appelé à pardonner crimes de sang et prédations financières. Ce discours est une diversion destinée à détourner l’attention du rôle central de Sonko dans la rupture politique.
La contradiction fondamentale reste intacte :
continuité oligarchique ou rupture souveraine ?
La ligne du Pastef, confirmée par le vote populaire, a tranché.
Les alliés de la coalition Diomaye Président montent au front
Le contexte d’accélération judiciaire visant l’ancien président Macky Sall et l’ouverture imminente de dossiers pour détournements a conduit certains alliés à tenter de provoquer une crise ouverte entre le président Diomaye et le Premier ministre Sonko.
Une telle crise détournerait l’attention publique, suspendrait les procédures et permettrait, selon leurs calculs, d’écarter Sonko avant 2029 pour proposer Diomaye comme candidat du système.
Cette tactique, typique du faible, n’impressionne cependant pas une jeunesse déterminée et mobilisée.
L’analyse critique fait émerger un risque réel pour le président Diomaye : s’écarter de la ligne du Parti serait politiquement suicidaire.
Le passeur capté en plein envol ?
L’histoire dira si la tentative de confiscation de la révolution a commencé lorsque l’ennemi impérialiste a compris que Diomaye servirait de passeur à Sonko.
La solution tactique du Pastef, trouvée après la disqualification de Sonko, pourrait être devenue le point d’entrée d’une opération de division.
Dans l’incapacité d’arrêter le mouvement populaire, il fallait diviser la tête : « le poisson pourrit par la tête ».
Toute cohabitation à ce niveau du pouvoir porte des germes de rivalité. Les pressions extérieures peuvent fissurer même les amitiés les plus solides.
Le contexte trouble d’une décision capitale
De nombreuses zones d’ombre demeurent :
— le contexte de dissolution du Pastef ;
— les arrestations et répressions ;
— les négociations menées en prison ;
— les rapports de force avant, pendant et après la présidentielle ;
— les influences exercées lors de la formation du gouvernement.
Il faudra des témoignages documentés pour comprendre comment une révolution populaire a pu se trouver menacée dès son aurore.
La question fondamentale
Y’a-t-il eu un deal ?
Existe-t-il des divergences profondes entre les deux hommes que les circonstances ont masquées ?
Quelle place occupent l’amitié, la loyauté, l’estime dans cette séquence politique lourde d’enjeux ?
Un malaise semble s’installer autour de la question du balai symbolique — nettoyer, assainir, démanteler les Kulunas — programme que Sonko juge ralenti par l’administration.
Il l’a évoqué publiquement. Le contentieux paraît persister.
Ce sont les masses qui tranchent en politique
Le Téra meeting marque un tournant.
Il ramène la haute politique vers les masses, selon la méthode Sonko : faire trancher le peuple.
Il ouvre une nouvelle étape de mobilisation générale et d’éveil politique.
Le symbole du balai étant insuffisant, Sonko introduit celui du raxass, le lavage radical pour purifier l’espace politique.
Le syndrome du 2ᵉ mandat 2029
Le duo Diomaye–Sonko reste encore possible : Sonko n’a jamais attaqué le président.
Le Pastef demeure engagé pour une rupture souveraine et un programme d’abondance.
La révolution sénégalaise paraît désormais irréversible.
La jeunesse veille.
Les masses observent.
Elles n’accepteront aucune manigance visant à reproduire les dérives d’un système néocolonial à bout de souffle.
Le risque majeur : que le président Diomaye se laisse entraîner vers un scénario où Sonko serait écarté en 2029, ouvrant la voie à un retour du système par ses alliés opportunistes.
Le message du 8 novembre est clair :
en politique comme au football, on gagne avec son public ; on ne marque jamais contre son camp.
photo:dr
sce: SENEPLUS
POUVOIRS MAGAZINE
