Khalil Riad Matithia. Elle est devenue Docteure en jazz

3 semaines

Dans un paysage sonore dominé par des productions rapides et appauvries, l’approche doctorale de Khalil Riad Matithia replace le jazz au cœur de la formation artistique.

Sa démarche, à contre-courant des musiques de jouissance paresseuse, interroge les fondements techniques et culturels nécessaires pour reconstruire une exigence musicale.

Dans un environnement sonore ivoirien que domine des productions rapides et minimales, souvent pensées pour une jouissance immédiate. Plutôt que pour une construction artistique durable, le travail de Khalil Riad Matithia se distingue comme une contre-offensive culturelle. Sa thèse de doctorat unique, soutenue le 15 novembre 2025 après huit années de recherche, examine une chose. C’est la place du jazz dans la formation des chanteurs de l’École supérieure de musique et de danse de Côte d’Ivoire. Son sujet pose une question centrale. Comment introduire une discipline fondée sur la complexité harmonique, l’écoute fine et la créativité improvisée dans un paysage où l’efficacité sonore prime souvent sur l’exigence ?

L’approche théorique met en évidence un décalage structurel entre la profondeur du jazz et la simplification croissante des musiques dominantes. Le jazz y apparaît comme un outil de formation technique. Mais aussi comme un instrument de résistance intellectuelle. Il requiert un effort, une discipline, une lenteur nécessaire à l’apprentissage. Laquelle s’oppose frontalement aux logiques actuelles de production musicale. Dans une scène saturée de morceaux construits autour de deux notes et de refrains préfabriqués, ce travail est bien. Bien parce qu’il défend l’idée que la musique peut encore être un lieu d’élévation et non d’abandon.

Cette perspective se manifeste également dans la pratique artistique de la chanteuse.

En développant un jazz fusion qui associe langue nouchi, rythmes afrodescendants et structures classiques du scat, elle propose une alternative crédible aux esthétiques dominantes. Le single « Nouchi Jazz » illustre ce projet : une musique qui puise dans le quotidien linguistique urbain tout en s’appuyant sur une architecture vocale rigoureuse. La trompette d’ouverture évoque les racines du jazz afro-américain, tandis que les échanges entre guitare et voix renvoient à une tradition d’interprétation beaucoup plus exigeante que les productions commerciales habituelles.

Ce positionnement devient particulièrement pertinent lorsqu’on considère l’évolution récente de la scène ivoirienne. Certaines musiques y tendent à privilégier la répétition, l’énergie immédiate et une esthétique de la facilité. Dans cet espace, son projet doctoral agit comme un rappel méthodologique. Il est encore possible de former des chanteurs capables d’improviser, de moduler, de comprendre une harmonie. Ou d’entrer dans une conversation musicale réelle. Il montre qu’un enseignement fondé sur le jazz peut offrir une alternative structurante aux dérives d’un marché qui privilégie la quantité à la qualité.

Le parcours académique et artistique de Khalil Riad Matithia soutient une idée simple mais essentielle : l’avenir musical d’un pays ne se construit pas uniquement sur la vitesse de diffusion. Mais sur la solidité des techniques transmises. Dans un environnement que beaucoup décrivent comme affaibli par des musiques de jouissance paresseuse, son travail propose un autre horizon. Un horizon où réfléchir, écouter, improviser et comprendre redeviennent des verbes centraux.

En refusant de céder à la facilité, elle rappelle que la musique est aussi une discipline, une intelligence, une responsabilité. Et que dans un paysage sonore saturé, la profondeur reste une forme de courage.

AK

photo:dr

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