Ruth Tafebe : « L’afrobeat est une musique libre & complexe qui soutient un propos clair »

9 mois

À deux répétitions d’un concert hommage à Fela Kuti, prévu le 10 octobre à l’Institut français de Côte d’Ivoire pour la 3ᵉ édition du Fela Day, la chanteuse Ruth Tafébé évoque son lien organique avec l’afrobeat.

Entre ostinatos hypnotiques, héritage du jazz modal et ancrage dans les rythmes traditionnels, elle revendique une parole libre, scandée et vibrante, à l’image du maître nigérian qu’elle célèbre sur scène.

Pouvoirs Magazine :
Les ostinatos de basse jouent un rôle fondamental dans la mécanique afrobeat. Comment travaillez-vous ces lignes dans votre répertoire : les conservez-vous dans leur forme originelle ou les revisitez-vous avec vos musiciens ? Et comment, en tant que chanteuse, dialoguez-vous avec ce socle rythmique répétitif sans vous y enfermer ?

Ruth Tafebe :
C’est une chouette question parce que je me souviens qu’en 6e, une copine de classe m’avait dit que je chantais comme si je parlais. Je pense qu’elle voulait dire que mes mélodies chantées étaient simples. Ça tombe bien, car j’aime la musique complexe qui vient soutenir un propos clair. Comme dans l’afrobeat, en fait.

L’ostinato des basses est, à mon sens, la source de la transe dans laquelle on peut rentrer quand on se laisse porter par l’afrobeat. Comme les paroles scandées.

Pouvoirs Magazine :
Comment votre rapport au jazz modal influence-t-il votre lecture de l’afrobeat classique ?

Ruth Tafebe :
Encore une fois, cette question me ramène à mon enfance et à mon intérêt pour les longs morceaux de musique de rumba ou les différentes versions de morceaux de reggae jamaïcain. J’ai toujours aimé entendre les créativités des artistes qui étaient écoutés à la maison se déployer sans limitation. MILES n’est pas Coltrane et Fela aussi est unique, mais j’aime leur musique. J’aime l’improvisation, car j’aime la spontanéité. Et Fela en a fait preuve dans sa musique et sa façon de chanter.

Les choses ont changé, et bien que je me prête avec plaisir à l’exercice de la composition et de l’écriture cadrées par certains standards, j’adore improviser au chant. Ce que j’aime dans le jazz modal, et que je retrouve dans l’afrobeat, c’est la liberté d’expression.

Pouvoirs Magazine :
Comment gérez-vous la place des percussions africaines traditionnelles dans un set afrobeat contemporain ? Les intégrez-vous comme moteur rythmique ou comme élément symbolique ?

Ruth Tafebe :
Je les intègre comme des éléments incontournables. C’est comme le piment dans une sauce. On peut ne pas noter son absence, mais il nous paraît indispensable une fois qu’on l’a goûté au bon dosage dans la bonne sauce.

Pouvoirs Magazine :
En tant que chanteuse, comment naviguez-vous entre les syncopes vocales et les polyrythmies instrumentales sans que le discours ne se perde ?

Ruth Tafebe :
Tout l’art de raconter une histoire. Comment la rendre intéressante tout en lui restant fidèle.

Interview réalisée par AK

photo: Droits Réservés

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