Présidentielle 2025: « Séparer les deux » l’interpellation de Danièle Boni Claverie

8 mois

À l’approche d’une présidentielle sous tension, l’ancienne ministre et journaliste chevronnée exhorte les médias à revenir aux fondements de leur mission : informer avec rigueur, indépendance et responsabilité.

Le 17 septembre 2025, la Maison de la presse d’Abidjan a vibré au rythme d’un panel. L’Autorité nationale de la presse (ANP) l’a organisé sur un thème plus que jamais brûlant. « Couverture des élections en toute indépendance, entre pression politique, contrainte économique, exigence déontologique et responsabilité sociale ».

En clôture des master classes dédiées aux grands genres journalistiques et au journalisme politique, ce rendez-vous a réuni 42 journalistes. On les a formés pour affronter les enjeux médiatiques d’une présidentielle attendue avec fébrilité.

Parmi les voix fortes de cette journée d’échanges, celle de Danièle Boni Claverie a marqué les esprits. Journaliste de métier, ancienne ministre et présidente de l’Union républicaine pour la démocratie, elle a livré une interpellation directe, sans détour :

« Le journaliste ne peut pas être un militant camouflé. Il doit séparer les faits du commentaire. Séparer les deux est une règle fondamentale. »

Pour elle, la confusion actuelle entre opinion et information est une menace sérieuse pour la crédibilité de la presse ivoirienne. Dans un contexte politique aussi polarisé, dit-elle, ce mélange trouble les repères des citoyens. Puis alimente les tensions.

Avec la gravité de l’expérience et la clarté de la pédagogie, elle a insisté

: « Ce qu’on vous enseigne dans les instituts de formation n’est pas théorique. Ce sont des garde-fous contre la manipulation, les dérives partisanes, et les emballements émotionnels. »

Son intervention sonnait comme un retour aux sources pour une profession parfois malmenée par les réseaux sociaux, les pressions politiques ou encore les impératifs économiques. Elle a rappelé que le journalisme reste un métier de rigueur, où la vérification, le recoupement et la neutralité sont non négociables.

Et surtout, elle a appelé à une introspection collective des rédactions, qui doivent veiller à l’indépendance de leur couverture, même lorsqu’une ligne éditoriale existe. Car « informer, ce n’est pas influencer, c’est éclairer ».

Une conscience professionnelle en sursaut

Le ministre de la Communication, Amadou Coulibaly, présent au panel, a lui aussi salué la pertinence du thème. Tout en défendant la liberté d’expression en Côte d’Ivoire, il a rappelé que celle-ci s’accompagne de règles, notamment sur les plateformes numériques, où des poursuites sont possibles en cas d’infractions.

Quant aux panélistes, Dr Alfred Dan Moussa et l’expert sénégalais Matar Sall, ils ont mis l’accent sur l’obligation de rigueur pendant la campagne : respect du code d’éthique, recours exclusif aux sources autorisées pour les résultats, et primauté du service public d’information sur toute logique partisane.

Mais c’est bien la voix de Danièle Boni Claverie qui a donné au débat sa note d’alerte et de profondeur. Elle a conclu par ces mots :

« Un pays se construit avec des institutions solides. Et la presse en est une, quand elle reste digne de sa mission. »

FATEM CAMARA

photo:dr

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