Dans l’école, à l’église, dans la musique, dans le sport, la répétition est une méthode : on apprend en répétant. L’élève répète ses leçons, le croyant récite ses prières, le musicien rejoue ses gammes, l’athlète enchaîne les gestes.
Dans tous ces domaines, la répétition est un outil de perfectionnement, de maîtrise, de progression. Elle est même considérée comme la base de toute pédagogie.
Mais en politique, la répétition échoue. Elle fatigue. Elle irrite. Sonne faux.
Car celui qui répète en politique n’est pas écouté, il est ignoré. Celui qui revient sans cesse sur les mêmes mots n’éclaire pas, il ennuie. En politique, répéter, c’est perdre.
Pourquoi ?
Parce que la politique un espace de pouvoir, de rapport de forces, d’intérêts divergents. Et dans cet espace-là, ce n’est pas l’enseignement qui prime, mais la conviction, la stratégie, l’émotion. En politique, celui qui répète est celui qu’on refuse d’entendre. Soit parce qu’il n’a plus rien à dire, soit parce que personne ne veut comprendre ce qu’il dit.
Et souvent, les deux à la fois. Le peuple entend… mais il choisit.
Les gouvernants ivoiriens successifs – Félix Houphouët-Boigny, Henri Konan Bédié, Robert Guéi, Laurent Gbagbo, Alassane Ouattara – ont tous, à un moment donné, pensé que le peuple ne comprenait pas.
Ils ont parlé, reparlé, expliqué, redit, insisté… Mais rien n’a changé. Ce n’est pas que le peuple n’a pas entendu. C’est que le peuple choisit ce qu’il veut croire, ce qu’il veut rejeter, ce qu’il veut faire.
Le peuple n’a pas besoin qu’on lui répète ce qu’il sait déjà.
Il n’est pas un élève. Il est un arbitre. Et il tranche à sa manière.
Par la voix. La rue. Par l’abstention. Le vote. Il décide quand il veut, pas quand on lui dit. Le militant n’apprend pas. Il confirme répéter un slogan à un meeting n’est pas enseigner. Répéter une promesse dans un discours n’est pas convaincre.
Le militant ne vient pas pour apprendre, il vient pour confirmer ce qu’il croit déjà.
L’opposant, lui, n’écoute pas. Il attend son tour.
Alors que vaut la répétition en politique ? Rien, ou si peu. Elle devient un écho vide dans un désert de certitudes. Elle n’éduque pas, elle assourdit.
L’heure n’est plus à répéter, mais à comprendre. La vraie pédagogie politique aujourd’hui, ce n’est pas de répéter, mais de lire entre les lignes.
Lire les silences, les gestes, l’humeur d’une foule. Car la vérité est là : le peuple ne demande pas qu’on lui parle plus fort, mais qu’on l’écoute mieux.
ETHAN GNOGBO
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE

