Présidentielle 2025. la Côte d’Ivoire saturée de menaces.

11 mois

Quand un homme Bourgi dit qu’il est dégoûté par le silence de Simone Gbagbo ou la révérence de Chantal Camara, ce n’est pas une attaque politique : c’est un deuil du lien.

Il croyait en des symboles. Il les voit désormais agenouillés devant ce qu’ils dénonçaient hier. Bourgi dont doutent un frange de la population ivoirienne a perdu une foi. Pas seulement en eux, mais en la parole elle-même.

Ce que cela révèle, c’est le divorce brutal entre la parole politique et la vie réelle, entre les « héros » d’hier et les douleurs d’aujourd’hui. Quand ceux qui se présentaient comme des voix du peuple saluent des institutions discréditées, c’est tout un récit qui s’effondre.

Pendant ce temps, « les demi-savants » se pavanent.
Ils parlent de « pays légal/pays réel » comme si c’était un jeu de mots d’élite.
Pendant qu’on parle de concepts, le peuple parle de riz trop cher, d’électricité coupée et de terre volée.

Et si la gauche n’était plus avec le peuple ?
Et si, dans cette Côte d’Ivoire saturée de slogans, les « fin de mois difficiles » ne touchaient plus les cerveaux mais seulement les ventres ?

On a réclamé la démocratie. Elle est là. En vitrine. En textes. Et en symboles.
Mais que fait-on des doléances du peuple, de ceux qui souffrent en silence parce que l’écoute n’existe plus ?

La démocratie, ce n’est pas seulement voter.
C’est ressentir que l’on vit dans un pays où sa douleur a une valeur politique.
C’est croire que sa voix, même petite, est entendue quelque part, autrement qu’en période de campagne.

Aujourd’hui, on vend du rêve d’exil comme on vendait du rêve d’idéologie.
Certains Ivoiriens parlent du Burkina, du Mali, du Niger, comme s’ils pouvaient y vivre, comme si la répression, la chaleur, les réalités économiques ne les toucheraient pas.

Mais non, ils ne peuvent pas vivre là-bas.

Et au fond, ils le savent.
Ce qu’ils veulent, ce n’est pas fuir, c’est qu’on répare ce qu’ils ont chez eux.
Ce n’est pas le désert militaire qu’ils veulent, mais la justice sociale ici.

Et puis il y a cette phrase :

« C’est possible d’aimer son prochain, mais seulement quand il est lointain. »
Magnifique ironie.
Elle dit tout.
Nous avons fait de l’humanité un slogan global, pendant que la fraternité de proximité s’effondre.
On parle de paix, de vivre-ensemble, mais à l’échelle du monde.
Pendant que le voisin du quartier, le chauffeur de gbaka, le vigile, l’étudiant en galère sont ignorés ou méprisés.

Peut-être que la gauche- excepté Gbagbo- doit recommencer là où elle a échoué :
Pas dans les livres. Pas dans les hautes sphères. Mais dans les ruelles. Les foyers, marchés. Les silences.

Peut-être faut-il cesser de penser que nos pensées sont trop complexes.
Et reconnaître qu’en vérité, c’est la souffrance du peuple qui est devenue illisible pour les puissants

ETHAN GNOGBO

photo:dr

POUVOIRS MAGAZINE

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