POUVOIRS ECONOMIE: Un milliard de citadins africains dans 12 ans (2037)

10 mois

L’Afrique accélère son urbanisation comme jamais auparavant, mais refuse le modèle historique européen ou asiatique qu’on croyait universel.


Depuis 2 ou 3 décennies, la population urbaine africaine a doublé (472 millions en 2015), selon l’ONU, pressent d’atteindre le milliard.
Cette majorité urbaine proche pose question : les villes africaines sont-elles préparées à supporter explosion démographique, demandes accrues de services publics ?
Le passage des sociétés rurales à économie manufacturière ou tertiaire semble requis, mais les obstacles internes ralentissent cette transition complexe.
L’exode rural constitue seulement environ un tiers de l’accroissement urbain ; le reste provient des naissances et croissance naturelle locale.


La nouvelle classe moyenne émergente demeure minoritaire, pendant que le secteur informel absorbe le surplus d’emplois sans stabilité ni filets.
Le revenu par habitant reste bas, même lorsque les taux d’urbanisation atteignent 40 % ; la pauvreté persiste malgré les villes grouillantes.
Des infrastructures urbaines conçues pour des populations modestes se trouvent submergées : routes saturées, écoles débordées, hôpitaux étroits, services déficients.
Plus de soixante pour cent des urbains africains vivent actuellement en bidonvilles, sans accès régulier à l’eau potable, à l’électricité ou à l’assainissement.


À Dakar, prévue pour 300 000 habitants au départ, la ville abrite aujourd’hui plus de trois millions, révélant graves insuffisances de planification urbaine.


Le phénomène d’étalement s’amplifie : villes intermédiaires et périphéries s’étirent sur des superficies exponentielles sans contrôle spatial efficient.
Cette expansion territoriale, notamment autour du Nil, du golfe de Guinée ou des lacs d’Afrique de l’Est, dessine de longues conurbations inquiétantes.
Les conséquences climatiques ne sont pas en reste : inondations, canicules urbaines, îlots thermiques et perte de zones humides menacent santé publique.
Certaines initiatives émergent : villes écologiques, smart cities, nouveaux quartiers bien planifiés ou financement public‑privé pour infrastructures inclusives.
Mais ces projets demeurent rares, souvent pilotés par élites, répondant davantage à l’image qu’à besoins réels de populations vulnérables.


L’innovation urbaine inclusive semble désormais indispensable : mobilité durable, logement abordable, gouvernance locale crédible, participation citoyenne forte.
Les États doivent renforcer capacités budgétaires municipales, clarifier foncier, adopter règlements urbains rigoureux pour contenir dérive anarchique.
L’Afrique peut transformer la crise urbaine en opportunité historique : croissance économique, cohésion sociale, progrès technologique, transition écologique.
Mais cela nécessitera volonté politique, vision systémique, solidarité régionale et investissements massifs dans infrastructures essentielles.
Finalement, l’Afrique n’a pas besoin d’imiter, mais d’inventer son propre modèle urbain, équitable, résilient et durable pour demain.

JM AHOUSSY

sce infos: CAMUS BOMISSO

photo:dr

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