Portrait. Angèle Diabang née avec une lettre…

10 mois

Dakar. 10 janvier 1979.
Le jour où naît Angèle Diabang.
Le même mois où sort Une si longue lettre de Mariama Bâ. Coïncidence ? Non. Symbole.

Elle est née dans les mots.
Elle a grandi avec les silences.
Et aujourd’hui, elle parle avec des images.
Claires. Tranchantes. Ancrées. Africaines.

Formée entre Dakar, Paris et Ludwigsburg.
Le Média Centre, la Fémis, la Filmakademie.
Pas une touriste du cadre. Une bâtisseuse.

Angèle commence comme monteuse.
Elle assemble les histoires des autres.
Puis elle prend la parole.
En 2005, elle filme. Et ça fait mal.

Mon beau sourire.


Documentaire coup de poing sur les normes de beauté au Sénégal.
Première réalisation. Premier cri. Première empreinte.

Elle enchaîne.
L’Homme est le remède de l’homme.
Le Revers de l’exil.
Sénégalaises et Islam.
Yandé Codou, la griotte de Senghor.

Elle creuse. Fouille. Met la lumière là où ça gratte.
Pas de compromis. Pas de maquillage.

Elle fonde Karoninka, sa société de production.
Douze films à son actif dès 2014.
Du docu, de la fiction, des clips.
Pas pour l’industrie. Pour les histoires.

Ses films traversent le Sénégal, le Congo, l’Europe.
Elle parle fort. Mais juste.
Et les regards commencent à suivre.

  1. Elle entre à la SODAV.
    Présidente du conseil d’administration.
    Elle ne filme pas seulement. Elle structure le terrain.

  2. Un air de kora.
    Court-métrage.
    Prix de la CEDEAO au FESPACO.
    Poulain de bronze. Confirmation.

Mais l’œuvre de sa vie, elle la prépare en silence.
Douze ans de gestation. Douze ans de foi.

Une si longue lettre.


Le roman culte de Mariama Bâ.
Elle l’adapte.
Et elle explose les écrans.

Pas d’effets spéciaux.
Pas de Scarlett Johansson.
Mais une vérité qui traverse les générations.

Sorti en juillet 2025.
Le film surclasse Jurassic World: Rebirth.
Enterre Superman.
Écrase le box-office à Dakar.

Une lettre écrite en 1979.
Une image projetée en 2025.
Deux femmes. Deux époques. Une même urgence.

La polygamie. L’amitié. La sororité.
La vie de couple. L’émancipation.
Et cette question centrale : comment construire une nation solide sans mémoire ?

La jeunesse s’empare du film.


Les réseaux s’enflamment.
Les tenues des actrices deviennent tendance.
Le cinéma devient mouvement.
Une œuvre devient phénomène.

Et derrière, il y a elle.
Angèle Diabang.
Scénariste. Réalisatrice. Productrice.
Guerrière de la narration.
Héritière de Mariama Bâ.
Porte-voix d’un cinéma qui parle d’ici, pour ici, avec nos mots.

Elle ne cherche pas l’Occident.
Construit une archive.
Bâtit un miroir.
Crée des images pour que l’Afrique se voie et se comprenne.

Pas pour faire joli.
Pour faire juste.

Angèle Diabang.
Une voix.
Un regard.
Un cap.

Et cette certitude :
Les histoires africaines ne doivent plus attendre la validation des autres pour exister.

ALEX KIPRE

photo:dr

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