13 septembre: »Bomou Mamadou est mon adversaire le plus redoutable »

10 mois

Aujourd’hui 13 septembre 2025 Bomou Mamadou a 64 ans. L’artiste ivoirien poète, comédien, metteur en scène, danseur et militant de la parole vivante, revient sur son parcours, ses convictions, et son rêve d’un art porteur de lumière.

Pour Pouvoirs Magazine, il se livre avec sincérité, gravité et humour. Une parole forte et libre.

Pouvoirs Magazine : Qu’est-ce qui ne change pas, même à 64 ans ?

Bomou Mamadou :
Je ne sais vraiment pas ce que c’est, « l’âge ». Je ne compte pas les jours.
Chaque jour est une victoire contre mon adversaire le plus redoutable : le « mauvais Bomou », que je dois vaincre.
Je célèbre chaque jour la victoire de l’amour sur la haine. Ma seule haine, c’est la haine elle-même.

En ce jour spécial, quel vœu formulez-vous pour votre carrière et pour la culture ivoirienne ?

Toujours le même, qui pour moi est un objectif de vie :

« Toujours plus vrai, toujours plus grand, toujours plus beau, toujours plus riche.
Être une référence de qualité par des œuvres de qualité, pour une humanité plus vraie. »

Célébrer le deuil de la médiocrité au bal de la qualité.
Ma danse, mon chant, mes clips, mon verbe… bref :

Je ne suis pas une mode, je suis un modèle.
« Faire comme Bomou », c’est cela que je veux incarner.

Si vous deviez revenir en arrière, y a-t-il quelque chose que vous feriez autrement ?

Non. Je referais exactement les mêmes choses, pour que Dieu me donne les mêmes défis, les mêmes amis, les mêmes compagnes, les mêmes beautés. Je ne regrette rien.

Quelle est la plus grande leçon de vie que votre métier vous a enseignée ?

Donner. Me donner entièrement. Être nu pour l’autre.
La preuve : dans un spectacle intitulé Nuage de terre avec le Théâtre des Deux Mondes au Canada, mis en scène par Daniel Meilleur, j’ai joué nu.

Bomou n’est pas une moitié.
C’est pourquoi je n’ai pas de surnom : « Bomou Mamadou », c’est le nom par lequel mon esprit répond à l’appel de la vie, et celui par lequel il répondra à l’appel de l’au-delà.

Quelle création artistique vous rend le plus fier aujourd’hui ?

« La Queue du Diable », une mise en scène que j’ai signée pour le théâtre.
Et puis la danse, avec Mémoire d’Arc au Ballet National.
Ou encore Nelo, avec Marcellin Yacé, Abou Bassa et Emmanuel Djob.

Parmi la danse, le théâtre, la parole, la comédie et la musique, quel art vous définit le mieux ?

Je suis tout cela. En un seul mot : l’ART.
L’Occident a séparé les formes pour mieux distinguer.
Chez moi, toutes ces formes se réunissent dans un seul fond. L’art, c’est moi.

Le rap est aussi un art de la parole. Est-ce un art qui vous tente ?

Je ne connais pas le rap.
Je connais la parole.
Et la parole, ce n’est pas une mode. C’est un commencement et une fin. C’est une vie.

Quel rôle joue la langue malinké dans votre expression artistique ?

Je parle mieux le malinké. C’est une langue qui se commercialise facilement, mais surtout, c’est une langue qui porte. Elle traverse. Elle touche.

Pensez-vous que l’art peut transformer la société en Afrique de l’Ouest aujourd’hui ?

Oui. Pour moi, l’art est une vocation de sainteté.
Si la sainteté signifie être ouvert à la lumière, alors l’art est cette lumière qui éclaire les ronces de la nuit qui nous guettent.

Quel conseil donneriez-vous aux jeunes artistes qui souhaitent marcher sur vos traces ?

Marcher sur mes traces, c’est travailler du lundi au lundi.
On a toute la mort pour se reposer.
Il m’a fallu 42 ans de travail pour obtenir le Prix d’Excellence.
C’est ça, vouloir être excellent tous les jours.

Êtes-vous fier de vous ?

Plus que fier.
Je réussirai simplement parce que l’Afrique, c’est le monde.

Je voudrais que vous réagissez en un seul mot, à l’énoncé des mots qui suivent

Were were Liking :   L’éveilleuse d’étoiles

Souleymane Koly :    La vérité

Miss Zahui : Ma révélation

La Queue du Diable: La victoire

Marcellin Yacé:  L’éternité

Mentir: La pauvreté

5 octobre 2025: Un jour

L’injustice: Un feu

Oumé: Renaissance

Gban: L’origine

L’école: L’essence

7 février 1999: L’éveil

Propos recueillis par

AK

photo: Ministère du Tourisme et des Loisirs

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